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A l’Est rien de nouveau ?

Publié le 17 octobre 2006 à 10:31 par BV

Que la vie de l’OL doit ressembler à un long fleuve tranquille pour tous les observateurs non assidus du championnat de France : pas la moindre turbulence à l’horizon.

Grâce à un parcours hexagonal quasi-parfait (25 points pris sur 27 possibles) conjugué à une entame de Ligue des Champions non moins brillante (2 victoires en 2 matchs et 5 buts marqués pour aucun encaissé), les quintuples champions de France semblent irrésistibles en ce début de saison.
Avec 5 points d’avance sur leurs dauphins marseillais au quart du championnat, ils ont déjà creusé un intéressant écart et fait montre de qualités techniques, et surtout psychologiques, indispensables à l’accomplissement des plus glorieux destins. Après avoir développé un football châtié durant 7 journées, ils ont ainsi dû batailler et ont été contraints de puiser dans leurs ressources mentales pour écarter Sochaux puis Saint-Etienne.
Le contraste est saisissant avec une équipe du Dynamo Kiev au fond de jeu souvent enthousiasmant mais qui, par deux fois, sombra rapidement dès lors qu’elle fut mise en difficultés, incapable d’endiguer les hémorragies bucarestoise (1 - 4) et madrilène (1 - 5).

Le bonheur vient toujours de l’Est. Autre constatation abondant dans le sens des Lyonnais : si la saison dernière fut celle de toutes les réussites pour les hommes de Gérard Houllier contre les équipes de l’Est de la France, la statistique se vérifie tout autant à l’échelon continental.
En Ligue des Champions, à l’exception de son revers tardif à Milan la saison passée, l’OL n’a ainsi plus perdu à l’est de l’axe Rhin-Rhône depuis une défaite à Munich 1 but à 0 lors de la saison 2000-2001, ramenant même de ses voyages des victoires à Leverkusen (4-2), Munich (2 - 1), Prague (2 – 1), Brême (3 – 0) ou encore Bucarest (3 – 0).
Des statistiques qui penchent invariablement et effrontément dans le camp rhodanien : depuis son élimination en quarts de finale de la plus prestigieuse des compétitions européennes à Porto lors de la saison 2003-2004, le club rhodanien est parvenu à inscrire au moins un but lors de chacune de ses rencontres loin de Gerland.

Ajoutez à cette litanie de signes de bon augure un Dynamo Kiev désespérément, et même peut-être injustement, lesté à la dernière place du groupe E avec 2 défaites en 2 rencontres et un bilan de 2 buts marqués contre 9 encaissés : n’en jetez plus la messe semble dite !

Le football recèle pourtant de ce caractère tellement unique et passionnant de pouvoir renverser l’ordre établi, faire mentir les certitudes les plus ancrées et transformer en défaites les victoires annoncées. La glorieuse incertitude du sport portée à son paroxysme trouve dans le jeu le plus populaire au monde son accomplissement et sa manifestation les plus aboutis. En fin connaisseur des caprices du ballon rond, Jean-Michel Aulas a rappelé quels mauvais tours le football pouvait jouer à ceux qui pensaient l’avoir dompté. « Nous devons faire preuve de beaucoup de concentration durant cette période où les bons résultats s’enchainent. C’est la confiance mais également la remise en cause qui nous permettront de faire un bon résultat à Kiev ». On n’est jamais trompé, on se trompe soi-même.
Ils devront également se méfier d’un football ukrainien en plein essor, dopé par une équipe nationale qui, non satisfaite de s’être qualifiée avant toutes les autres nations pour la coupe du monde, a atteint les quarts de finale de l’épreuve. Cette saison, les clubs ont emboité le pas à leur sélection. « On ne connait pas trop ce championnat ukrainien, confessait Eric Abidal tout en reconnaissant lucidement que, s’ils sont en Ligue des Champions c’est qu’ils ont de la qualité.». Et doublement ! L’émergence au plus haut niveau national du Shaktior Donestk n’a pas manqué de titiller un Dynamo Kiev jusqu’alors archi-dominateur sur son pré-carré et propulsé les deux clubs en phase de poule de la Ligue des Champions.

[IMG41443#R]Certes, le Dynamo Kiev, ancienne fierté « nationale » pour tout le peuple ukrainien, n’est plus en mesure de conserver ses stars locales pour reformer à lui seul la sélection bleue et jaune. Certes, cette saison encore, aucun des siens ne succédera au palmarès du prestigieux ballon d’or à Oleg Blokhin ou Igor Belanov. Certes, le maillot d’Andreï Shevtchenko est plus présent dans les rue de Kiev que tous ceux des joueurs actuellement au club. Il flotte pourtant dans ce déplacement des Lyonnais dans la capitale ukrainienne un parfum de nostalgie aux accents de grandeur qu’une simple étincelle pourrait faire renaître. Un élément déclencheur qui pourrait bien trouver son origine dans le caractère olympique… de l’arène kiévienne. Près de 83 000 supporters devraient pousser une équipe qui n’a plus rien à perdre. « Ils jouent tout sur ce match » notait Gérard Houllier. Portés par l’énergie d’un mince espoir, les coéquipiers d’Artem Milevskiy chercheront ni plus ni moins qu’à détourner l’OL de son idéale feuille de route vers les huitièmes de finale.

C’est dans sa régularité au haut niveau et sa capacité à enchainer les bons résultats qu’un club acquiert ses lettres de noblesse en même temps qu’une habitude de la gagne souvent annonciatrice et fondatrice des plus beaux exploits. Malgré une ambiance hostile et un froid inhabituel, Juninho et les siens devront s’employer et redoubler d’attention pour se montrer dignes des espérances qu’ils font naître, atteindre les 9 points, et poursuivre méthodiquement le lit qu’aimerait les voir emprunter Gérard Houllier: « mon but est de leur faire comprendre qu’ils peuvent tout gagner ».
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