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Anthony Réveillère s'explique

Publié le 15 avril 2009 à 16:50

Revenu à la compétition dimanche dernier face à Monaco, Anthony Réveillère explique son choix de ne pas se faire opérer.

Dimanche, au terme de la rencontre face à Monaco, vous aviez déclaré avoir des « vérités à rétablir ». Quelles sont-elles ?
Concernant ma reprise, je tiens à dire que je n’ai pas été chercher un papier à la médecine du travail, donné de l’argent, ou fait des pieds et des mains pour en obtenir un. J’ai tout simplement passé la visite ici même, en même temps que Mathieu Bodmer et François Clerc. Aujourd’hui, même si je comprends les sceptiques, même si je comprends que ma décision ait étonné, j’ai toujours cru en moi. J’avais un but bien précis qui s’est concrétisé dimanche, c’était de fouler à nouveau les pelouses de Ligue 1. Je suis très fier d’avoir été jusqu’au bout, avec force et courage, au mental. Mais je comprends tout à fait les sceptiques, qu’ils soient au club ou en dehors. En tout cas, il n’y a aucun problème avec le coach. Preuve en est : il m’a fait jouer ce week-end. J’aurais pu rechuter mais ça j’en étais conscient : j’ai toujours joué carte sur table avec le club, avec les médecins, avec les kinés, les docteurs, afin de ne jamais les impliquer si rechute il devait y avoir. Ils ont été là à leur manière. Si j’avais rechuté, j’aurais assumé ce choix. Cela peut paraitre fou parce que, dans le milieu du football, cela ne s’est jamais vu. Je l’ai fait en écoutant mon corps, j’ai fait ce que je voulais faire, même si ce fut parfois compliqué mentalement, ça m’a donné encore plus de force.

Les spécialistes affirment que le risque de rechute est de 100 %. Qu’en pensez-vous ?
C’est normal puisqu’il n’existe aucune statistique sur mon cas. On m’a dit que cela existait dans le monde du rugby. Comme je suis le premier à y parvenir, il est normal qu’il y ait 100 % de chance de rechuter. Depuis le début, tout le monde s’attend à ce que je rechute mais moi je peux le dire : mon genou est costaud, j’ai confiance, je n’ai pas ressenti la moindre douleur ni instabilité. Je ne suis pas inquiet. Dans le monde amateur, il existe des cas mais ce ne sont pas les mêmes objectifs, les mêmes risques financiers. On a une valeur marchande, ce qui a posé problème. Avec le club, on a discuté notamment sur le risque de rechute. Moi, j’étais prêt à faire des décharges au kiné, au préparateur, au docteur, car c’est mon choix à moi. Ce n’était pas une question d’argent, je voulais juste montrer au club que j’étais prêt à aller au bout pour réussir, que je ne souhaitais pas m’arrêter en cours de route. C’était aussi dans le but de reprendre le plus vite possible. J’aurais même voulu que cela aille plus vite. J’ai fait ce que j’avais à faire en fonction de mes sensations. Ma grande satisfaction c’est d’avoir le sentiment d’être redevenu quelqu’un de « normal » et d’avoir retrouvé le groupe pour de bon. Je suis maintenant à la disposition du club. Je travaille au quotidien pour retrouver au plus vite mon niveau ; on a peu de marge et il reste peu de matches. Mais après tout ce que j’ai enduré, ce n’est que du bonheur.

Comment avez-vous pris votre décision ?
[IMG43481#R]En me fiant à mes sensations. J’ai passé une IRM trois jours avant l’opération. J’ai vu qu’il y avait une amélioration. J’ai été courir au Parc de la tête d’Or. A partir du moment où la rupture n’était pas totale, le ligament avait une fonction. Il fallait que je sois sûr que l’opération était indispensable. J’ai fait quatre footings en quatre jours. Lors du dernier, j’ai « envoyé », au risque de me « flinguer » un peu plus le genou. J’attendais des réponses à mes questions. Et malheureusement pour le staff médical, le chirurgien, cela s’est bien passé. Il faut savoir qu’en France, on n’est pas obligé de se faire opérer. J’en ai parlé au Professeur Moyen. On a fait le « test du tiroir ». On est partis sur une rééducation de trois semaines. J’avais pris ma décision et j’étais prêt à en assumer toutes les conséquences. J’ai joué carte sur table. C’était soit on travaillait ensemble, soit je travaillais tout seul. Et même si on a travaillé ensemble, j’ai également beaucoup travaillé tout seul. Ensuite, on n’a pas voulu brûler les étapes. Mais je n’ai pas triché. C’était un pari. Si j’avais rechuté, on m’aurait dit que j’avais fait n’importe quoi. Je comprends que le club ait eu peur que je perde mon temps. Mais le club me connait bien et sait que quand j’ai pris une décision, je vais jusqu’au bout. Aujourd’hui, je prends du plaisir à évoluer sur le carré vert alors que cela n’aurait pas été imaginable en cas d’opération. Une rechute ? Je n’y pense pas. Ce serait douter ou me dire que je suis faible. Je n’ai pas fait tout ça pour la gloire. J’ai pris un tacle de Mollo le week-end dernier, mon genou n’a pas bougé, cela me donne encore plus de confiance. La meilleure réponse, c’est le terrain. A partir du moment où dans la tête c’est costaud, cela ne lâchera pas.
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