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Berthod: "J'ai confiance en moi"

Publié le 14 septembre 2004 à 09:19 par R.B.

[IMG3073L]Jérémy Berthod a fêté ses 20 piges le 24 avril 2004 sur la pelouse de Gerland contre Rennes. Itinéraire d'un enfant de l'OL, ni gâté, ni doué ; tout simplement appliqué, travailleur, volontaire, sérieux… 30 matches de Ligue 1 en 12 mois, 6 matches de Ligue des Champions, Jérémy est pour l'instant sur le banc après 2 prestations "manquées" contre Sochaux et Metz. L'occasion d'aller voir ce bonhomme pas comme les autres...

A 19 ans et des poussières, il a mis son premier pied dans le monde professionnel ; le 13 septembre 2003 contre Auxerre. Un an déjà. Il a disputé la saison dernière 26 matches de championnat, 6 matches de Coupe d'Europe, débutant au Stade Olympique de Munich contre le Grand Bayern, 4 matches de Coupes Nationales. Il a fêté ses 20 piges le 24 avril 2004 sur la pelouse de Gerland contre Rennes. Itinéraire d'un enfant de l'OL, ni gâté, ni doué ; tout simplement appliqué, travailleur, volontaire, sérieux… Champion du Monde des moins de 17 ans avec l'Equipe de France, international Espoirs, vainqueur du dernier Tournoi de Toulon, le brassard au bras, il a commencé cette saison sur les mêmes bases : un bon match contre le PSG, un tir au but réussi et le Trophée des Champions ; puis 90 minutes pleines contre Nice. Zaïri, le Sochalien, l'a fait tourné ensuite en bourrique, sans parler du pénalty concédé ; Ribéry a dansé devant lui et il a provoqué un autre pénalty. Sorti à la mi-temps de ce Metz – OL, Jérémy a perdu sa place de titulaire. Il est resté sur le banc pour la réception de Lille et a joué 5 grosses minutes à Rennes. Abidal déplacé de l'axe à gauche de la défense olympienne, Cris s'imposant presque déjà aux côtés de Cacapa comme un titulaire indiscutable, le ciel s'est subitement couvert pour « Paolo » Berthod.



Le cheveu frisé un peu plus court que la saison passée, ce bonhomme ne lâchera rien. Il faut le regarder, l'écouter, le voir jouer pour comprendre rapidement qu'il n'est pas un mec comme les autres. Dur et tendre ; fort dans sa tête comme un chêne qu'on ne peut abattre; ce gaucher a déjà tout compris du milieu dans lequel il évolue. Ses yeux verts sont sortis depuis longtemps de l'enfance. Il ne demande aucune faveur, aucune protection au nom de sa jeunesse. Lucide, il sait que cela n'existe pas dans le monde impitoyable du ballon rond ! Les journalistes, les spécialistes, les spectateurs peuvent le critiquer, lui filer de mauvaises notes, le siffler… il a confiance en lui ; il ne baissera pas les bras ; il sait qu'il reviendra. C'est juste un « mauvais » moment à passer. Pas question d'en profiter pour lui marcher sur les pieds, il pourrait même s'énerver…



Jérémy comment vas-tu ?



« Ca va. Je suis en forme physiquement ; je suis bien dans ma tête ; l'OL a de bons résultats ».



Jérémy, on a l'impression que tu t'es replié sur toi-même ces derniers temps ?



« Je n'ai pas envie de parler. Une fois que j'ai quitté le vestiaire, j'ai envie de rentre chez moi. Je ressens cela comme un besoin. Et puis, je sais le genre de questions que l'on veut me poser ; toujours les mêmes. Je ne vais pas m'éterniser sur le sujet. Moi, je suis déjà passé à autre chose… ».



Comment prends tu ces critiques ?



« Je ne lis pas la presse, mais je m'en doute ! Tant que je l'ai confiance du club, du coach, de mes partenaires, de ma famille, le reste me passe par-dessus la tête. Que je sache, ce ne sont pas les journalistes, les supporters qui me font ou ne me font pas jouer. Je te l'ai dit un jour : un match joué, je pense au suivant. Tu n'as pas le temps de t'éterniser. Et puis, c'est en faisant des erreurs qu'on apprend. En plus, à l'OL, on a la chance d'enchaîner les rencontres et de se remettre rapidement en question… ».



Es-tu d'accord pour dire que tu as manqué tes matches contre Sochaux et Lille ?



« Mais bien sûr. Je sais que je n'ai pas été à mon niveau ; je n'ai pas été bon. Je peux apporter plus à l'équipe et je crois que je l'ai déjà prouvé. Honnêtement, je n'ai pas trouvé d'explications à ces prestations et pourtant j'ai cherché. J'avais fait 2 bons matches auparavant… C'est le métier ! Il faut toujours se remettre en question ; ne jamais s'enflammer. Je continue de bosser. Je suis entré en jeu à Rennes ; je n'ai pas calculé. Greg m'a fait un petit signe amical. Je t'assure que ce genre de détail te fait chaud au cœur ».



Trouves tu la critique sévère, surtout à ton âge ?



« L'âge, n'est pas une excuse. Je fais un métier ; je suis footballeur professionnel. Je ne veux pas être protégé ; je dois être logé à la même enseigne que les autres. Aucune faveur. Paul Le Guen a confiance en moi. Je le ressens. Il n'a a jamais eu de mots durs avec moi. Il a été joueur ; il comprend ce qui peut se passer. Il est très psychologue. Alors, à chaque entraînement, je fais tout pour regagner ma place. Je donne tout. Je ne change rien à ma façon d'être. Si tu raisonnes en négatif, tu te fais bouffer, écraser. Le doute n'est pas permis dans ce milieu. Je ne baisse pas les bras ; j'ai confiance en moi. La critique ? J'ai répondu précédemment. Je ne suis dupe de rien. Quand tu es bon, les gens viennent te taper sur l'épaule. Ce jour là, tu es le plus beau. Quand tu es moins bon, on te descend et il n'y a plus personne. Même le téléphone sonne moins… Moi, je suis capable de tout garder à l'intérieur, mais je peux, aussi, tout lâcher devant tout le monde. C'est sans doute mon côté sentimental. Cela m'ennuie pour mes parents. Ma mère ne vient plus au stade. L'autre jour, elle a écouté la radio et quand je suis entré à Rennes, le mec, il a sorti une connerie. Elle en a souffert et moi, cela me fait mal. Mes parents, il ne faut pas y toucher ».



A tes yeux, est-ce- qu'il y a plus de concurrence cette saison ?



« Non. C'est la même chose que l'année dernière. Je me retrouve aujourd'hui, un peu dans la même situation qu'Eric Deflandre. Eric a fini par rejouer. Je travaille. Dans le foot tout va très vite. Je sais que je peux revenir sur ma valeur ou en fonction des suspensions, des blessures. Mais franchement, je ne souhaite du mal à personne. Comment je vais réagir lorsque je serais de nouveau titulaire ? Là, je ne peux pas te répondre. Je ne sais pas si je penserais aux soucis que j'ai connus en préparant ce retour ».



Tu étais heureux samedi soir pour Nilmar, Clément ?



« C'est normal. Je ne fais pas faire la gueule parce que je suis remplaçant. C'est bien pour Nilmar. Clément ? Je lui ai dit de se faire plaisir, d'en profiter. Avant le match, c'est quelque chose, amis c'est surtout après que tu savoures. Entre les jeunes, nous sommes solidaires. Et puis ton premier match en Ligue, c'est forcément ton plus beau souvenir pour très longtemps, voire pour toujours ».



Parle moi de la Ligue des Champions ?



« C'est déjà un grand souvenir. J'ai débuté au Bayern de Munich. Cette année, cela va être dur ; il ne faut pas se leurrer. Manchester, c'est costaud, même s'il semble pour l'instant moins brillant que par le passé. Le Sparta, ce n'est jamais facile. Quant aux Turcs, on connaît ! C'est la guerre chez eux. Et à Gerland, ils auront tellement de supporters qu'ils auront l'impression de jouer à domicile. C'est une compétition différente ; plus médiatique. L'engagement physique est plus présent. Il y a de grands joueurs. En un mot, le niveau est supérieur à celui d'un match de championnat. Mais avec le mental, tout peut tout casser. Le mental fait souvent la différence. Regarde les Grecs à l'Euro ! Moi, je me dis toujours qu'un joueur a 2 bras et 2 jambes, même Ronaldo. Et dans un match de foot, il peut se passer tellement de choses. On peut battre n'importe qui… et j'ai envie de tout gagner. Attention cependant à Barcelone. Les Catalans vont être énormes sur le terrain... en plus d'être l'équipe que je préfére ».



Un mot sur l'Equipe de France Espoirs ?



« C'est bien d'y être, surtout en ce moment. Et puis, j'ai un super pote en la personne du Nantais Drouin. Je regrette un peu d'avoir perdu le brassard de capitaine. J'aime bien avoir des responsabilités.



Enfin comment es-tu chez toi ?



« C'est un peu plus difficile, mais j'essaie de garder ma bonne humeur. Je suis aussi un homme. Je vis avec mon amie. Elle positive, elle m'aide ; mes parents aussi. Je ne peux pas penser qu'au foot. Je suis heureux. Et il y a plus grave que ce que je vis en ce moment dans mon métier. Allume la télé… Le foot, cela reste avant tout du sport, un loisir, une passion. Et moi, je me dis que j'ai un contrat de 3 ans avec l'OL. Certains peuvent être à la rue à la fin de cette saison et d'autres ont vu arriver une grosse concurrence fin août ; ils ne sont pas très bien dans leur tête et cela se comprend… alors sincèrement, moi , je vais bien ».



R.B.

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