masculins / OL 0 - Bordeaux 0

Bordeaux : la loi du milieu

Publié le 06 février 2006 à 02:59 par BV

Le coup d’envoi de la rencontre est trompeur : Bruno Cheyrou engage un long ballon directement en touche dans le camp lyonnais. D'ordinaire destinée à presser l'adversaire dans sa moitiée de terrain pour l'acculer sur ses buts, cette initiative ne sera suivie d'aucune offensive déraisonnée

A tous ceux qui semblaient entrevoir dans ce geste une intention manifeste de la part des Girondins de partir à l’abordage, les joueurs de Ricardo répondent très vite par un pressing tout terrain et une volonté de boucher les espaces. Les Lyonnais découvrent impuissants la formidable machine à déjouer mise en place par l'ancien défenseur du PSG. Dimanche matin, Lilian Laslandes avait prophétisé dans les colonnes du quotidien L’Equipe : « les Lyonnais n’auront pas les espaces qu’ils ont l’habitude d’avoir ».

Alors que beaucoup rêvaient secrètement de voir la meilleure défense balayée sous les coups de Fred ou autres Sidney Govou, ils offrent un première mi-temps «bordelaise » : 44% de possession de balle et seulement 3 tirs concédés dont 2 à l’actif de Cris. Les statistiques de Fred à la fin des 45 premières minutes confirment cette impuissance des Rhodaniens à s’approcher des buts adverses : durant l’ensemble de la première période, le brésilien n’aura pas tiré une seule fois. Pis, il n’aura réussi aucun dribble et n’aura joué que 2 ballons dos à Henrique, son compatriote auriverde, adversaire d’un soir. A titre de comparaison, son alter ego Lilian Laslande, dont l’essentiel de l’activité en première période se résuma à décrocher pour revenir chercher les ballons au niveau de ses milieux, en aura touché le double (4). Sidney Govou, pourtant très en réussite ces dernières semaines ne parvint pas mieux à trouver la clé du solide verrou bordelais. A l’exception d’un éclair sur le côté droit (6e) il ne réussit à aucun moment à prendre à défaut le double rideau défensif girondin.

Si beaucoup n’hésitent pas à mettre en exergue la qualité de la défense bleue marine pour expliquer le faible total de buts encaissés par les coéquipiers de Jemmali, cet réussite contre le leader du championnat doit être avant tout perçue au travers du formidable travail abattu par le trident du milieu de terrain Fernando – Cheyrou – Smicer. Continuellement en mouvement, ils ne cessèrent de combiner, coulisser, se dédoubler pour fermer, bloquer, étouffer. A la moitié de la première période, Bruno Cheyrou est ainsi le joueur qui a récupéré le plus de ballons (8). L’ancien Lillois échoué comme tant d’autres sur le récif marseillais semble renaître sur le bateau Girondin. Repositionné par Ricardo dans un rôle plus défensif, il s’exprime avec aisance dans ce secteur clé du jeu bordelais. Au terme des 90 minutes, il domine le classement des joueurs ayant volé le plus de ballons (19 [à égalité avec Patrick Müller]). A ses côtés, Fernando ne lâche pas Juninho. Un match brésilien dans un match à forte connotation sud-américaine. L’Olympien est suivi comme son ombre par son cadet même lorsqu’il décide de revenir au niveau de ses défenseurs pour orienter le jeu des quadruples champions de France (27e). « Mieux vaut prévenir que guérir ». Le bordelais, qui a réussi la performance de reléguer Rio Mavuba sur le banc, annihile les velléités offensives de l’OL grâce à des fautes dans le rond central. Il terminera la rencontre avec le plus important total de fautes des 22 acteurs (7) et ne récoltera pour l’ensemble de son œuvre qu’un carton jaune (35e). « Très bon joueur de tête comme de ballon » selon Claudio Caçapa, le numéro 5 des visiteurs contraint Juninho à terminer la mi-temps sur le côté droit. Lorsque le maestro brésilien de l’OL parvient enfin à se défaire du marquage de son « collant » garde du corps, c’est un autre brésilien, Henrique, qui, au prix d’une sanction identique, se charge de le rappeler à l’ordre (59e).
La liaison entre le milieu et l’attaque coupée, Fred est sans cesse contraint de revenir toucher ses ballons au niveau du rond central (24e, 30e, 62e). Il sort à la 77e minute sous les applaudissements nourris de Gerland. En manque de munitions, l’ancien goleador de Cruzeiro termine la rencontre frustré avec un unique tir à son actif (58e).

Plus les minutes s’égrènent et plus Bordeaux avance à visage découvert : la possession de balle des visiteurs décroît irrémédiablement : 44% de possession de balle à la mi-temps, puis 42% à la 77e minute de jeu et 40% à la fin du match. Les hommes du président Triaud auront comme à leur habitude laissé la maîtrise du ballon à leurs adversaires : François Clerc et Djila Diarra sont les joueurs ayant touché le plus de ballons mais l’OL ne s’est procuré que 3 occasions de but (contre aucune aux Bordelais).

Ce soir, le dicton qui affirme que les matchs se gagnent avec de bonnes attaques mais que les championnats se remportent avec de solides défenses a trouvé ses limites : entre les deux secteurs existe une vaste zone dont le contrôle permet souvent de gérer la rencontre selon ses souhaits. Les Bordelais semblaient souhaiter le point du match nul. Résigné l’OL prend sa part. Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.
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