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Entre-deux avec Patrice Ferri

Publié le 30 mars 2014 à 08:00 par SC

Il connait très bien les deux clubs. Ancien joueur de l’ASSE et de l’OL, puis consultant sur BeIN Sports, Patrice Ferri a évoqué son histoire du derby…

Pourquoi avoir choisi l’ASSE à vos débuts ?
« Il y avait une tendance naturelle à aller vers Saint-Etienne, du fait que j’ai beaucoup suivi, étant gamin, leur parcours, notamment sur la scène européenne avec les belles épopées. Je me suis tourné naturellement vers l’ASSE qui était le cœur du football. Pour un enfant de notre génération, c’était forcément quelque chose de particulier de suivre ce club. Comme ce fût le cas avec l’OL dans les années 2000. Je suis né avec l’ASSE.

Est-ce qu’on se pose des questions au moment de signer à Lyon ?
Non puisque je ne suis pas passé directement d’un club à l’autre. J’ai joué ailleurs entre-temps. C’est plus facile dans ces conditions que de passer de l’un à l’autre. J’ai eu du temps pour voir autre chose. J’ai pu couper le cordon avec Saint-Etienne en quelque sorte. J’ai toujours aussi eu beaucoup d’attirance pour Lyon. J’y suis né. Quand l’occasion s’est présentée de jouer à l’OL, je n’ai pas hésité.

Comment est-on accueilli lorsqu’on passe d’un camp à l’autre ?
Ça s’est bien passé. Il y a toujours des remarques et des blagues de la part des publics, des dirigeants. Mais. Rien de méchant. Tout s’est fait naturellement, notamment puisqu’il y a eu une cassure entre mes passages dans les deux clubs. Je n’ai donc pas eu de problème particulier. Je n’ai eu et je n’ai aucun souci avec les deux publics. Quand je me déplace aujourd’hui dans les deux stades pour mon travail, tout se passe très bien. Je n’ai pas eu à souffrir de ça.

Il y a des identités différentes. Elles sont sûrement un peu moins marquées aujourd’hui. Les choses étaient très différentes. Saint-Etienne a toujours eu une image très populaire. Et de l’autre côté, Lyon représentait la grande ville

Est-ce qu’il y a une image, une culture différentes entre les deux clubs ?
Oui, c’est sûr il y a des identités différentes. Elles sont sûrement un peu moins marquées aujourd’hui. Les choses étaient très différentes. Saint-Etienne a toujours eu une image très populaire. Et de l’autre côté, Lyon représentait la grande ville. Mais, les choses se rapprochent de plus en plus. J’ai travaillé pour le match contre Monaco, il y avait une ambiance magnifique à Gerland. La ferveur autour de l’OL tend à se rapprocher de celle que connaît Saint-Etienne.

Quel sont vos souvenirs de derby ?
J’en ai gagné, j’en ai perdu, j’ai fait des matchs nuls… J’ai surtout joué des derbys avec Saint-Etienne. C’est toujours quelque chose de particulier ce genre de match. Ces rencontres sont des bons souvenirs. Il y a un derby qui m’a particulièrement marqué, c’est celui de la saison 84-85 alors que les deux équipes étaient en D2. Avec Saint-Etienne, on était allé jouer à Gerland et on avait gagné 5 à 1. Je me rappelle bien de ce moment puisque c’était très bizarre de voir Robert Herbin sur le banc de l’OL en tant qu’entraîneur, alors que c’était un joueur emblématique de l’ASSE pour tout ce qu’il avait fait pour le club. J’avais aussi marqué lors de ce match.

Vous avez vécu le derby des deux côtés, où est-il le plus attendu ?
Peut-être qu’à l’époque il y avait plus de ferveur du côté de Saint-Etienne. Le derby n’était presque lié qu’à l’histoire entre les deux clubs. Maintenant, c’est davantage lié à la situation de chaque équipe. C’est beaucoup plus une question d’enjeux sportifs qu’une question de suprématie régionale comme ça pouvait l’être auparavant. Cette saison, les deux équipes se tiennent et peuvent jouer l’Europe la saison prochaine.

Quel rôle peut jouer le scénario du match aller dans les têtes ?
Je ne pense pas qu’il en aura un. Les deux équipes sont concentrées sur la fin de saison avec l’incertitude de ce qui peut leur arriver. L’OL a un calendrier très chargé. Il y a tellement de matchs importants à venir que le scénario du match aller n’occupe pas les têtes. Peut-être que les médias vont insister là-dessus, mais ça ne sera pas le cas chez les joueurs. Il y a le plaisir de jouer le derby qui va rajouter de l’importance à ce rendez-vous. Mais je pense que l’intérêt du sportif va prédominer dans les discours des staffs. Il y aura avant tout un enjeu sportif. Avant, la rivalité était différente.

C’est beaucoup plus une question d’enjeux sportifs qu’une question de suprématie régionale comme ça pouvait l’être auparavant. Cette saison, les deux équipes se tiennent et peuvent jouer l’Europe la saison prochaine

Dans quel secteur peut se jouer ce match ?
Je pense que l’animation offensive de Saint-Etienne peut être une des clés. Les Verts ont une grande capacité et diversité en attaque. C’est leur point fort. Christophe Galtier peut compter sur des profils très différents. Après Monaco et Paris, c’est peut-être l’équipe qui a le plus de choix dans ce secteur. De l’autre côté, Lyon a trouvé un certain équilibre qui est la force de l’équipe. Sur le plan collectif, les Lyonnais sont d’ailleurs supérieurs aux Lillois, par exemple. Mais, défensivement il peut y avoir des errements comme on l’a vu lors des derniers matchs. On s’aperçoit qu’ils peuvent passer d’une situation confortable à une situation délicate. Le doute s’installe très vite dans cette défense.

Quelle équipe sera-t-elle le plus dans l’obligation de l’emporter ?
C’est sûrement Lyon qui a le plus de pression avant ce match. Il y a une incertitude de jouer l’Europe la saison prochaine. Les Stéphanois ont quant à eux une petite marge. Ils seront sûrement européens mais ils souhaitent accrocher la Ligue des Champions. L’OL n’a pas de marge. Il faut qu’il continue à viser une place en Europa Ligue.

Les supporters interdits de déplacement, n’est-ce pas une grosse perte dans ce que peut représenter le derby ?
Oui, bien sûr. C’est une grosse perte pour les deux clubs, pour tout le monde, même pour ceux qui ne sont pas spécialement fans de telle ou telle équipe. Voir les supporters à l’extérieur encourager, ça ne peut que manquer. C’est magnifique de voir de la ferveur dans les tribunes. C’est comme cela que le sport se fait. C’est dommage.

Vous avez joué avec Rémi Garde, une surprise de le voir entraîneur ?
Entraîneur, oui. Lorsqu’on était coéquipiers, on avait souvent des discussions sur notre reconversion après la carrière de joueur. On se demandait ce qu’on pourrait ressentir dans ce rôle d’entraîneur. Ce n’était pas une vocation, mais l’idée de s’y frotter pour découvrir autre chose, Rémi l’avait. Par contre, je ne le vois pas entraîner une autre équipe française que Lyon. Mais, l’Angleterre pourrait lui plaire. Il a un grand intérêt pour ce championnat ».

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