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François, un jardinier au service du football

Publié le 15 novembre 2013 à 15:11 par SC

Celui qui avoue être « davantage passionné par le gazon que par le foot » est pourtant indispensable au club. Sans François, le ballon rond ne roulerait pas aussi bien sur les pelouses lyonnaises. Le jardinier veille au grain pour offrir aux joueurs les meilleures conditions de jeu.

François, Yohann, Sébastien, Quentin… ses prénoms ne vous disent sûrement rien. Pourtant, tout comme Maxime Gonalons, Clément Grenier ou encore Rémy Vercoutre, la pelouse est leur surface de prédilection. Ils foulent chaque jour celles de Gerland et de Tola Vologe. Non, ce ne sont pas de nouvelles recrues. Pour eux, le gazon, c’est le fruit de leur travail. Ils le soignent en le remettant en état, ils le nourrissent en le fertilisant avec de l’engrais et en l’arrosant, ils le protègent en le recouvrant, ils le choient en le tondant…

La pelouse, un terrain d’expression


François répète toutes ses tâches depuis 7 ans, depuis qu’il est arrivé au club. C’est sa première expérience dans le football, un sport qu’il a appris à aimer. Avant, comme la majorité des autres jardiniers, il a fait ses armes dans le golf. « J’ai une formation pour l’entretien des terrains de golf. J’y ai débuté. Les techniques sont les mêmes mais ce qui change ce sont l’importance des dégâts. Il y a beaucoup plus d’impacts pour le football, donc il y a besoin de plus de travail de remise en état ». Ce matin, c’est au tour du gazon du Stade de Gerland de se refaire une petite beauté. Il réclame une attention particulière : « Avec le système de chauffage et luminothérapie, il y a beaucoup de besoin. Cela demande plus d’entretien avec beaucoup de manutention mais cette technologie nous aide à obtenir une meilleure qualité de pelouse ».

Le savoir-faire et le travail des jardiniers permettent aux joueurs d’exprimer au mieux leurs qualités footballistiques et de gratifier par moment les spectateurs de réelles prouesses artistiques. Une bonne pelouse favorise forcément le beau jeu et le spectacle. Au même titre que le ballon, le gazon est un outil de travail pour eux. Et comme dans n’importe quel métier, l’outil doit être façonné pour celui qui en fait usage. C’est à ce moment que François et ses collègues interviennent. « Il faut déjà remettre le terrain en état du dernier entraînement, en remettant les mottes et en comblant les trous. Il faut aussi tondre à la bonne hauteur, et selon le temps, arroser ».

Concernant ces dernières étapes, il y a une étroite collaboration avec le staff technique, qui fait part aux jardiniers de ses instructions et de ses besoins. « On a quelques consignes. On voit souvent avec Bruno Génésio, qui nous dit comment il souhaite la pelouse. On est toujours en relation ». La hauteur de la pelouse n’est pas un détail, elle se joue au millimètre. « C’est entre 24 et 28 millimètres. C’est plus court par rapport à ce qui se fait dans les autres clubs en France, à part peut-être le PSG ». François explique l’importance de la précision : « On va définir la hauteur de la tonte en fonction de l’enjeu du match et de la fréquence des rencontres. La pelouse est coupée plus courte quand les matchs sont plus fréquents. Ça permet aux joueurs de moins se fatiguer ». L’arrosage de la pelouse a aussi une influence sur le jeu. « Il a une importance puisque cela va faire plus ou moins fusé le ballon. Cela dépend de l’horaire du match aussi, avec plus ou moins d’humidité selon le moment de la journée ».

Fertiliser le gazon et sa culture


Les jardiniers de l’OL doivent nécessairement avoir un œil attentif aux prévisions météorologiques. Mais, ce n’est pas une obsession. Ni une crainte d’ailleurs. « On n’appréhende pas forcément certaines conditions météorologiques ». Ils savent s’adapter. « Lorsque nous savons qu’il va neiger et qu’il y a un rendez-vous un peu plus tard, on a une protection de la pelouse avec une bâche pour l’empêcher de devenir trop grasse à la fonte de la neige ». François avoue pourtant leur désemparement lorsqu’une intempérie survient durant une rencontre. « Le plus compliqué c’est une grosse pluie pendant le match, car on ne peut pas la gérer. Ça a été le cas contre Reims, on a pu intervenir qu’à la mi-temps ».

La qualité de la pelouse en France est souvent décriée, montrée du doigt. Celle de Gerland est beaucoup plus épargnée par les critiques. Elle s’est imposée comme une valeur sûre dans le paysage du football français. Le club en a fait le choix : « Ici à Lyon, on a pas mal de moyens. On a tout amélioré. On a beaucoup de choses que n’ont pas d’autres clubs en France. Par exemple le chauffage, qui aide à avoir ces meilleurs résultats. Le club a investi et c’est un très bon investissement ». Pourtant, il est encore difficile de tenir la comparaison avec les « billards » d’Outre-Manche, comme on aime les appeler. Les pelouses anglaises sont un modèle du genre et font figure d’exemple dans les autres pays. Cela s’explique pour deux raisons, selon François. Une raison financière d’abord. « C’est une question de moyens et donc de techniques »…Mais aussi et surtout une raison culturelle. « En Angleterre, il n’y a pas la même approche du gazon. C’est dans la mentalité des gens, il y a une culture gazon. Par exemple, en France, pour les gens, tondre c’est une corvée. Ce n’est pas la même culture ».

Malgré l’arrivée des pelouses synthétiques, le gazon est loin d’être en voie d’extinction en France et les jardiniers pas près d’être poussés sur le banc des remplaçants. François défend becs et ongles son métier. Selon lui, le gazon naturel offre une qualité très largement supérieure à tout autre type de surface. « Le synthétique n’est pas intéressant pour la Ligue 1. Ce n’est pas une surface adaptée pour le football professionnel. Rien ne vaut le gazon naturel, que ce soit pour la technique ou pour le physique ». Ce ne sont certainement pas les joueurs qui le contrediront : « Les professionnels préfèrent la pelouse naturelle. Ils ont de meilleures sensations. Ils nous le disent ». Le gazon peut pousser tranquille. Même si les premières vagues de froid déferlent, il a encore de beaux jours devant lui. François et ses collègues sont là pour s’en assurer.

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