club / Un métier à l'OL

Gérard Bonneau, recruteur et tuteur

Publié le 30 avril 2014 à 17:00 par SC

Il est à la recherche des petites pépites. Avec son équipe, le responsable de la cellule de recrutement des jeunes scrute les joueurs les plus prometteurs pour l'OL...un club qui a fait de l'humain le maître mot de sa politique de recrutement et de formation.

Karim Benzema côtoie les étoiles. Le pur produit du centre de formation de l’OL a inscrit l’unique but du match aller du dernier carré de la plus prestigieuse des Coupes d’Europe. Un poulain qu’un homme a vu grandir, a vu progresser, a vu se forger un mental d’acier. Le voir atteindre un tel niveau est forcément une fierté pour celui qui gère le recrutement des jeunes au club. Gérard Bonneau est devenu responsable de cette cellule en 2003, après avoir été formé durant trois années sous la houlette d’Alain Thiry. Un apprentissage aux côtés de ce dernier qui lui a permis de compenser un handicap de parcours : « Je n’ai jamais été joueur professionnel. Même si j’ai tout le temps joué au foot et si j’ai été éducateur, entraîneur ou encore conseiller technique au District, c’est un manque quand on travaille dans une structure pro…Il y a toujours une épée Damoclès au-dessus de notre tête ». Le travail, la soif d’apprendre ont été un moteur dans un monde impitoyable. « Il faut faire plus que les autres pour découvrir le haut-niveau. Plus de travail, d’observation, plus d’échange avec les entraîneurs…Il faut savoir se faire adopter par le monde pro ». Chose faite. Tout le monde a oublié qu’il n’avait jamais joué au plus haut-niveau, certains sont même persuadés qu’il l’a été. La preuve d'un travail qui a payé, à chaque fois salué et reconnu.

Des yeux partout...

Responsable mais pas seul. Il est entouré de près d’une vingtaine de personnes, dont un quart qui travaille à temps plein, pour rechercher les pépites.  La cellule de recrutement des jeunes est d'abord organisée géographiquement. Le régional a les faveurs, l'illustration de la politique de tout un club. "On a une priorité sur le projet de Rémi Garde, qui est davantage centré sur la région...Il y a peu de joueurs de Rhône-Alpes qui se sont révélés ailleurs qu'à l'OL. C'est donc un bon bilan, surtout qu'il y a de plus en plus de concurrence. Paris a par exemple plusieurs recruteurs dans la région". Le PSG présent à Lyon, l'OL  l'est (presque) partout ailleurs. "On a ensuite une filière nationale. On a un axe prioritaire Paris-Lyon-Marseille. On cherche aussi dans les pôles espoirs. On a une volonté d'élargir et d'être présent dans chaque région". Le dispositif au niveau international  n'est pas aussi développé que la réelle machine qui sillonne le vivier régional et celui national. Gérard Bonneau l'admet. "Il n'y a pas réellement de filière à l'international. Ça reste à développer. Florian Maurice notamment, qui s'occupe du recrutement des professionnels, garde tout de même un oeil sur ce qu'il se passe en Europe et ailleurs".

le gros de notre recrutement se fait sur des jeunes de 12 à 16 ans

Alors que le recrutement sur le sol national n'est soumis à aucune condition, celui à l'étranger est encadré par des règlements pointilleux dans l'optique d'éviter tout abus. "Il n'y a pas de conditions d'âge pour les Français, contrairement aux autres. Les étrangers de l'UE doivent avoir 16 ans minimum. Pour les autres, c'est 18 ans. Cela a modifié notre façon de recruter. C'est plus compliqué puisqu'à 18 ans la formation est presque finie...C'est pour cela que le gros de notre recrutement se fait sur des jeunes de 12 à 16 ans". L'âge, tout comme le poste, sont des critères importants qui permettent de cibler le recrutement, répondant ensuite à des manques. "On a des réunions toute la saison avec les différents staffs. On fait des constats pour savoir ce qu'il nous manque comme type de joueur et identifier des profils de poste". La taille n'est par exemple pas un critère excluant. Elle prend tout de même beaucoup plus d'importance concernant certains postes. "On ne regarde pas la taille, à part pour les défenseurs et milieux centraux, pour garder un certain équilibre". Un vivier de joueurs toujours plus important, la cellule doit être organisée et méthodique pour ne rien rater.

Plusieurs moyens sont mis en oeuvre pour trouver les pépites peu importe où elles se trouvent. Ils différent selon les âges des joueurs. Il y a tout d'abord les détections pour les plus jeunes d'entre eux. "On fait des détections jusqu'à l'âge de 11 ans. Cela permet de voir de nombreux joueurs en une seule journée lors des portes ouvertes". La méthode n'est plus la même ensuite. Elle est plus contraignante et occupe la cellule une grande partie de son temps. "Il y a un repérage qui est fait par des gens de la cellule qui tournent sur les différents terrains le week-end. Le mercredi, on fait la visite des clubs pour garder un oeil sur les joueurs qui nous intéressent. On a un suivi avec des fichiers régionaux". Hors de France, Gérard Bonneau explique que lui et ses collègues ne se déplacent que très rarement. Pas question pour autant de baisser la garde. Ils privilégient une surveillance à distance. "On suit les compétitions internationales organisées par l'UEFA, tous les rassemblements des équipes nationales". Encore plus que sur le sol national, la concurrence est rude pour attirer les joueurs les plus convoités. L'OL a cependant de nombreux arguments à faire valoir.

...et un regard bienveillant

En France ou dans le monde, le club rhodanien peut notamment s'appuyer sur une côte de popularité intacte. Ses très belles performances sur la scène nationale et ses épopées européennes sont une des raisons de cette renommée, selon le responsable du recrutement des jeunes. "L'OL est très aimé et a une image de marque depuis 15 ans, liée aux résultats de l'équipe pro". Mais pas que... sa manière de concevoir la formation des jeunes, c'est sur cela que le club tire son épingle du jeu.

Les jeunes doivent avoir un projet de scolarité et un autre de citoyen. On fait très attention à l'état d'esprit, à la scolarité, au comportement général avec l'autorité et à l'aptitude au travail, à l'effort

 

Alors que l'argent est omniprésent dans le football d'aujourd'hui et que les abus en tout genre sont nombreux, l'OL souhaite se démarquer par rapport à d'autres clubs par une politique de recrutement faisant passer l'aspect humain avant toutes autres considérations. Gérard Bonneau en a fait son leitmotiv. "On fait plus attention que d'autres clubs aux jeunes, aux familles. L'important est de ne pas déstabiliser des vies". Pour cela, la cellule de recrutement s'intéresse particulièrement à l'ancrage familial du jeune joueur et à la capacité de ce dernier à s'impliquer aussi bien dans le football qu'à l'école. L'ancien éducateur raisonne en termes de projet. "Les jeunes doivent avoir un projet de scolarité et un autre de citoyen. On fait très attention à l'état d'esprit, à la scolarité, au comportement général avec l'autorité et à l'aptitude au travail, à l'effort". Et dans cette période difficile et charnière qu'est l'adolescence, tout est fait pour accompagner le jeune au maximum. "On a un discours formateur.  Il y a d'abord un projet collectif jusqu'à 18 ans avec la famille, le club, les institutions...Le jeune doit avoir une connaissance de ses aptitudes et des contraintes liées au métier, ce qui n'est pas facile pour lui. Le talent ne suffit pas, le mental fait la différence". Surtout dans un univers où la convoitise et les promesses d'argent peuvent faire tourner la tête.

La concurrence étant rude, tous les coups semblent permis pour attirer les petites pépites. Les agents entrent en scène par exemple très tôt dans le parcours de ces jeunes. "Normalement, ils ne peuvent intervenir qu'à l'âge de 18 ans mais le font parfois à partir de 13 ans en tant que conseiller. Ils n'ont pas le même discours, les mêmes intérêts. Ça a changé la donne, il y a moins de patience chez les joueurs. Il faut accepter ce métier et ne travailler qu'avec ceux qui respectent le club et le jeune". Nombre de clubs sont eux aussi dans la course aux contrats et dans la surenchère pour attirer les joueurs les plus courtisés. "Il y a de la concurrence entre des clubs qui ont des politiques différentes. Certains sont prêts à injecter de l'argent très vite. Il y a déjà beaucoup d'argent en jeu mais ce n'est pas la politique du club".  Gérard Bonneau l'assure avec beaucoup de sincérité et de conviction, l'OL a une autre manière d'appréhender le recrutement et la formation.

Cette philosophie est d'ailleurs  devenue une fierté. "Il y a beaucoup d'humain, on a cette sensibilité. Notre cadre est parfait et familial...Il faut garder notre identité. On a un savoir-faire connu et reconnu. L'objectif est de consolider nos valeurs et d'exporter ce modèle...on a toujours su former. Il faut rester fidèle à nos convictions". Gérard Bonneau aurait tort de prêcher l'inverse. Le centre de formation lyonnais a été désigné comme le meilleur de France et le second d'Europe, derrière Barcelone et sa célèbre Masia.

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