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Grégory Coupet dit tout

Publié le 07 août 2006 à 21:00 par BV avec OLTV

Grégory Coupet donne sa première interview depuis la coupe du monde. Il nous fait part de sa déception et de sa "rage". N'éludant aucune question, il revient sur son départ de Tignes et les difficultés qu'il a éprouvées à s'extérioriser et à profiter pleinement du parcours des Bleus.

Dans l’Equipe magazine de samedi on peut lire « on m’a fait beaucoup de mal ». Qu’est ce qui vous a fait du mal ?
Ce qui m’a fait du mal, c’est de ne pas être titulaire et de vivre cette aventure extraordinaire mais de rester tout en étant malheureux. C’est pour cela que je n’ai pas parlé à la presse. C’est difficile d’expliquer l’inexplicable. J’ai vécu deux mois de folie.

Qu’est-ce qui est inexplicable ? Est-ce d’être le meilleur gardien de Ligue 1 depuis des années et de ne pas être titulaire ?
Oui. C’est cela. C’est le fait de vivre une compétition extraordinaire mais sans parvenir à être heureux. Ce fut un mois et demi difficile .Tous les entraînements devenaient des sinécures, toutes les réunions étaient très longues.
Si je devais choisir un mot pour qualifier ma situation, je dirais l’injustice.
J’étais complètement « à la ramasse ». A l’entraînement j’étais pitoyable comme je ne l’ai jamais été. Ce fut une découverte pour moi. J’ai découvert que j’avais besoin de la compétition. Je ressemblais à un mec en fin de carrière.

En sortez-vous grandi ?
Seule la suite le dira.

Comment avez-vous appris que vous ne seriez pas titulaire?
Après le séjour à Saint-Tropez mais je le savais déjà car le Parisien l’avait annoncé dès le lundi. Lorsque j’ai vu les têtes de Raymond Domenech et Bruno Martini, j’ai compris. Par la suite, je tenais tout particulièrement à réussir le dernier match de championnat contre Le Mans.

Avant le choix du sélectionneur, vous aviez dit que vous ne saviez pas comment vous alliez réagir si vous n'étiez pas choisi numéro 1…
Tout à fait. C’était une inconnue pour moi. Je m’interdisais de penser que je pouvais être numéro 2. L’imaginer pouvait même m’empêcher de dormir. Dans le cas contraire, j??aurais pu lâcher bien plus tôt durant la saison.

En avez-vous voulu au sélectionneur ?
Bien entendu, j’en ai voulu à Raymond Domenech comme à la terre entière. J’ai détesté tout le monde du football. Il sait qu’il m’a fait du mal et que je lui en veux mais par la suite, j’ai été respectueux du groupe. Je n’ai pas boycotté l’équipe. Je n’ai pas pris la moindre amende. J’ai été respectueux des règles même si j’ai « galéré ». En tout cas, les autres joueurs ont été supers avec moi. Ils ont tous fait preuve de sympathie envers moi.

Vous a-t-il fait miroiter une place de numéro 1 durant la saison ?
Il n’a pas eu à le faire. J’ai été appelé lorsque Fabien (Barthez) a été suspendu. J’ai fait mes matchs tant avec l’équipe de France qu’avec mon club. Je suis peut-être naïf mais je suis quelqu’un qui croit aux valeurs du terrain.

Pensez-vous que c’était joué d’avance ?
Je ne sais pas. J’aimerais bien entendu le savoir. On le saura peut-être dans 10 ans. Je suis comme vous, je lis la presse. Quant à savoir si Zidane faisait l’équipe, je n’y crois pas une seconde. En tout cas, qu’il y ait une solidarité entre les anciens joueurs est tout à fait normal.

Avez-vous pleuré ?
Non, c’était plutôt de la rage.

Revenons à cet épisode lors duquel vous quittez Tignes. Quelles en furent les causes ?
Il s’agit d’une accumulation de choses. J’ai tout connu en équipe de France : la place de numéro 3, de numéro 2. On m’a demandé beaucoup tant sous Roger Lemerre que sous Jacques Santini. Malgré tout, j’ai continué. J’étais numéro 3 à la coupe du monde puis numéro 2 à l’Euro. Je fais une superbe saison, Fabien était suspendu. J’espérais être titulaire lors de la coupe du monde …

Lors de votre départ, qui vous appelle ?
Ma mère.

Vous avez dit que vous aviez eu le président Jean-Michel Aulas un peu plus tard…
Tout à fait. Je l’ai eu au téléphone un peu plus tard. Je dois dire que je lui suis redevable. J’ai un président attentionné, qui a été extraordinaire avec moi.

En voulez- vous à Fabien Barthez ?
Jamais. J’ai beaucoup de respect pour Fabien. Il n’y a aucun problème entre nous même si ce ne fut pas facile à accepter qu’il ne fasse pas l’ascension et qu’il puisse faire un entraînement normalement le lendemain. Mais je le répète : j’ai déjà été le numéro 2 derrière Fabien et il n’y a jamais eu de souci entre nous. Certains ont l'impression que le fait d’avoir été en concurrence durant toute la saison en aurait créés. Ce n’est pas le cas.

Avez-vous pensé arrêter ?
J’y ai pensé mais ma raison m’a dicté de continuer. J’aime trop cela. J’ai trop faim. Le jour où j’arrêterai, ce sera douloureux.

Face au Brésil, vous sembliez heureux sur la pelouse…
J’étais content de revoir Cris. On avait dit depuis longtemps qu’on échangerait nos maillots. Je ne voulais pas aller avec les autres mais Cris m’a demandé d’y aller. Je ne voulais pas revendiquer quelque chose qui ne m’appartenait pas. J’ai toutefois appris beaucoup de cette situation, sur la vie du remplaçant. Dans mon cas c'était encore plus particulier. Mais ce n'est pas par hasard que j'ai vécu ce moment là avec Cris. Il s'agit d'un joueur de l'OL. L'OL, c'est ma bouffée d'oxygène. C'est l'endroit où je suis le plus heureux. Où j'ai vécu mes plus belles émotions jusqu'à présent.

Au début de la compétition, l’équipe de France avait du mal…
Oui au début on "galérait". Nous n’avions pas beaucoup de raisons d’être optimistes. Mais c’est souvent dans l’adversité qu’on y arrive. On avait peut-être besoin de cette trouille pour se transcender et avancer.

Attendiez-vous une « boulette » de Fabien ?
Non c’est contre mon éducation. C’est pourquoi ma situation était très contrariante. J’étais heureux pour le groupe mais je ne parvenais pas à m’extérioriser.

Vous avez jusque là refusé de vous exprimer sur l’attitude de Zinédine Zidane. Pouvez-vous nous dire ce soir ce que vous en pensez ?
La première chose qui me rend triste c’est que Materrazzi ne respecte pas Zidane. Un tel joueur fait grandir ceux qui sont autour de lui. Je n’ai pas compris comment on pouvait insulter un tel joueur.

Vous regardez désormais vers le championnat d’Europe ?
L’objectif premier était la coupe du monde. Maintenant le Championnat d’Europe peut en devenir un. Si le sélectionneur estime qu’il a besoin de moi et que je peux rendre service je viendrai. Je bosse comme un dingue. Je suis professionnel jusqu’au bout des doigts. Il n’y a aucun souci. Il faudra me virer pour que je n’aille pas en équipe de France. Mais si je ne suis pas bon, je dégagerai. Si le sélectionneur condidère que je ne peux plus rendre service et qu'il l'explique, il n'y aura aucun souci. Les choses peuvent se passer extrêmement simplement lorsque tu es franc. C'est mon principe de vie. S’il y a une chose évidente dans le football, c’est que si Greg Coupet doit dégager, ce sera facile.

La coupe du monde dans 4 ans, vous y pensez ?
Cela fait loin 4 ans de plus. Pour l’instant je suis au top mais dans 4 ans… Il va falloir que je digère avant tout cette déception car à l’heure actuelle elle n’est toujours pas digérée. Je ne peux pas oublier si facilement une coupe du monde car il s’agit de quelque chose d'« énorme ». Cela m’a un peu coupé ma joie. Je serai toujours fier d’aller en équipe de France mais plus aussi heureux.

Imaginez-vous pouvoir retourner en bleu sans être numéro 1 ?
Bien sûr que non. Le fait même que vous me posiez la question m’étonne mais il est évident qu’on peut s’attendre à tout. J’étais prêt pour la coupe du monde mais je dois désormais repartir et travailler de nouveau.