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« Ils sont capables de tout péter »

Publié le 22 février 2011 à 14:36 par BV

Reynald Denoueix a été sacré champion de France comme joueur et comme entraîneur avec le FC Nantes. Aujourd’hui consultant pour Canal +, spécialiste du football espagnol, il a accepté de décrypter le jeu du Real Madrid.

Le Real Madrid n’a jamais battu l’OL. Quel sentiment cela fait-il naître à Madrid ?
Ils ont essayé de transformer la crainte en motivation. Il reste néanmoins une petite appréhension due à l’histoire récente. Il y a l’OL et la malédiction des huitièmes de finale. Cela fait deux malédictions qui sont lourdes et bien présentes. Mais, depuis la défaite dans le classico (5 – 0), ils ont d’autres difficultés. Ils sont à la bataille en Liga, cela concentre beaucoup d’attention.

Cela signifie-t-il que la Liga est plus importante pour eux que la Champions League ?
Ce qui est important pour eux, c’est la bagarre avec Barcelone. Tout est centré là-dessus, tout y revient constamment. Même le résultat en Champions League sera rapporté à la rivalité avec Barcelone. La Champions League est importante car elle pèse économiquement, comme pour beaucoup de clubs, mais la Liga a chez eux un autre retentissement. La lutte entre le Barça et le Real va bien au-delà du foot : c’est omniprésent, c’est quelque chose qui est toujours là. C’est la raison pour laquelle, la période actuelle n’est pas facile à vivre pour eux.

Ne doivent-ils pas davantage miser sur la Champions League puisque, avec 5 points de retard et une différence de buts particulière irrattrapable (-5), le titre semble loin ?
Non, parce qu’ils possèdent une équipe très, très bonne avec des talents qui leur permettraient de renverser la situation sans problème. La route est longue. Le Barça a, de plus, un effectif qui est assez court, un jeu exigeant et ne peut pas jouer comme le font certaines grandes équipes qui savent contrer, maîtriser, se contenter de voir venir. Le Barça est obligé d’évoluer dans la moitié de terrain adverse, d’être constamment à 100%. C’est un jeu à hauts risques qu’ils ne pourront pas maintenir toute la saison en raison soit des absences, soit de l’état de fatigue de l’équipe.



Les Madrilènes pensent-ils que l’élimination est possible ?
Oui, José Mourinho est quelqu’un de réaliste. Il sait que cela peut se produire. Actuellement, son message est : « OK, cela peut arriver, on peut perdre contre Lyon. C’est ma première année, or il m’est déjà arrivé dans le passé de ne pas parvenir à triompher lors de ma première année. Mais laissez-moi deux à trois ans et on va la gagner, la Champions League. » Les dirigeants madrilènes lui laisseraient-ils ce temps-là ? Je ne sais pas. Ce n’est pas sûr, même s’il a réalisé un début de saison magnifique. Il y a malheureusement eu la défaite à Barcelone (5 – 0), laquelle balaie tout. Il a pourtant des chiffres qui sont meilleurs que ceux de Manuel Pellegrini alors que celui-ci avait réalisé une très bonne saison, masquée par le fait que le Barça ait tout explosé avec 99 points. Mourinho fait donc mieux que très bien, mais le « petit » problème, c’est que le Barça est toujours devant. Quels que soient la qualité de jeu ou le nombre de points obtenus, un entraîneur madrilène ne peut pas se sauver si Barcelone est devant, il est condamné.

Si vous deviez comparer le Real Madrid de cette saison avec celui de la saison dernière, que diriez-vous ?
Il est plus fort. Il est surtout différent collectivement, plus équilibré. Les joueurs ne sont pas si différents que cela en qualité mais surtout en termes d’équilibre collectif. Mourinho est le plus fort, il sait toujours choisir des joueurs qui lui permettent d’équilibrer son équipe. Il a une organisation de base et l’art de choisir à chaque poste le joueur qui va répondre à ce qu’il demande. Il a aujourd’hui des joueurs qui permettent au jeu de se développer normalement. Les trois milieux, Xabi Alonso, Khedira et Özil sont très complémentaires et jouent pour l’équipe. ça, c’est vraiment la patte Mourinho. Quant aux trois de devant, pff… Ronaldo, on ne le présente pas. Di Maria est capable de jouer plus écarté et a une bonne patte. Benzema et Adebayor, c’est également très fort. Et puis, ils ont la niaque qui est propre au Real, que le club a toujours eue. Quand ça va mal, ils sont capables de tout renverser, de tout péter.

Les trois de devant plus Özil peuvent parfois oublier, ou avoir du mal à revenir. Parfois, cela va trop vite devant et ceux de derrière n’arrivent pas à recoller.

José Mourinho peut-il reproduire avec le Real Madrid ce qu’il a accompli la saison dernière avec l’Inter Milan, en n’hésitant pas parfois à jouer de manière très défensive ?
Non, si pendant une demi-heure son équipe défend et attend de voir venir, cela va mal se passer. Avec Madrid, ce n’est pas envisageable. Les supporters ne réfléchissent pas au pourquoi du comment. Ce qui est important, c’est que leur équipe soit dominatrice, qu’elle soit capable de se procurer des occasions, de marquer. Pour résumer, il faut le résultat et la manière. Il faut qu’ils vibrent.

Où situez-vous les faiblesses de cette équipe ?
Elle peut se couper en deux. Les trois de devant plus Özil peuvent parfois oublier, ou avoir du mal à revenir. Parfois, cela va trop vite devant et ceux de derrière n’arrivent pas à recoller. C’est une équipe qui est capable de jouer long, notamment avec Xabi Alonso. Cela permet d’éliminer trois, quatre joueurs, mais cela peut également couper l’équipe en deux. Comme n’importe quelle équipe coupée en deux, cela devient alors une équipe fragile.

Que devra faire l’OL pour poser des problèmes au Real ?
Rester toujours groupé, ne pas laisser d’espaces. C’est actuellement l’équipe la plus forte en Europe pour les utiliser. Ils sont alors irrésistibles. Il faut soit jouer bas, soit bloquer les passes, ce qui n’est pas facile. Jouer bas n’est certes pas l’idéal mais laissez 50 mètres dans votre dos à Ronaldo et compagnie et vous êtes morts !



Museler Cristiano Ronaldo, cela peut-il être un plan cohérent ?
C’est impossible. Comme Messi, ce sont des joueurs inarrêtables avec de trop grosses qualités. C’est un joueur qui est parfois obnubilé par le but mais il sait tout faire : marquer, passer, et notamment donner le ballon au bon moment, avec le dosage impeccable. Marcelo, c’est pareil. C’est davantage un attaquant qu’un défenseur. Il est lui aussi capable de dribbler, de marquer. Quand il est lancé, il peut éliminer n’importe qui. Offensivement, ils ont le meilleur coté gauche du monde. Pour l’OL, l’une des pistes peut être là : dans le dos de Marcelo. D’autant que Ricardo Carvalho devrait jouer axe gauche, or il n’est pas très rapide. Les Madrilènes peuvent laisser des brèches et donc se retrouver en difficulté sur ce coté gauche de la défense.

Quel pourcentage de chances de se qualifier donneriez-vous à l’OL ?
L’histoire prouve qu’il ne faut surtout pas faire ça, que ce n’est pas ça le foot. En foot, on ne peut jamais être tranquille, et encore moins en huitièmes de finale de la Champions League. L’OL est là, cela prouve quelque chose.

Interview extraite du programme de match officiel de l'Olympique Lyonnais spécial "OL - Real" en téléchargement en cliquant ici

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