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Interview: Sonnygoal est éternel

Publié le 23 avril 2005 à 11:07 par R.B

[IMG5359L]Jeudi 21 mai, hôtel Intercontinental de <b>Doha</b>. Ce palace est situé tout au bout de la baie dans le quartier des ambassades. Plage privée, piscine, soleil, calme et prévenance du personnel. En ce début d'après-midi tout invite au farniente. Dans ce cadre paradisiaque, l'interview avec <b>Sonny Anderson </b>prendra un tour superbement convivial... <b>Sonny</b>, buteur ;<b> Sonny</b>, passeur. <b>Sonny</b>, le joueur majuscule de la croissance de l'OL qui refuse son statut de Star Olympienne en affirmant une fois encore : « Un buteur n'est rien sans les autres ». <b>Sonnygoal</b> est tout simplement éternel...

Jeudi 21 mai, hôtel Intercontinental de Doha. Ce palace est situé tout au bout de la baie dans le quartier des ambassades. Plage privée, piscine, soleil, calme et prévenance du personnel. En ce début d'après-midi tout invite au farniente. Dans ce cadre paradisiaque, l'interview avec Sonny Anderson prendra un tour superbement convivial. «C'est un endroit très, très agréable ; les Quataris aiment bien venir ici passer la journée… ». Sonny a joué mardi soir en Jordanie pour le compte de la Coupe d'Asie ; 0 à 0 et retour mercredi soir à Doha. « Le championnat est disputée par 10 équipes de Doha. Les journées sont regroupées sur un ou deux jours et les matchs se déroulent sur le même stade. Chaque équipe rencontre 3 fois les autres… cela donne 27 journées. Il y a la coupe de l'Emir qui est certainement plus importante que le championnat ; il y a enfin la Coupe d'Asie, l'équivalent de la Champions League ».



L'ancien lyonnais nous explique son football au Quatar. « C'est professionnel, même si tu ne sais pas à l'avance quel jour tu vas jouer ; cela peut éventuellement changer au dernier moment… Nous, nous avons la chance d'avoir des supporters, ce qui n'est pas le cas de toutes les équipes ». Il nous raconte un peu les us et coutumes du pays. « Tu as vu comme ils se disent bonjour ? Selon leurs relations, ils se frottent, un certain nombre de fois, la joue ou le nez. Quant à l'Emir, il y a une autre manière de le saluer. Quand il vient nous voir à l'entraînement, tout le monde s'arrête et va le saluer… C'est normal. Et puis à la mi-temps, si c'est l'heure de la prière, les joueurs de religion musulmane font la prière ».



Caméra réglée, nous passons ensuite à l'interview pour le DVD sur les Brésiliens de l'OL. Nous referons avec lui son parcours commencé, comme pour Edmilson, au club de Jau. Le papa de Sonny était entraîneur avant que ses fistons ne portent le maillot. «Ma famille habite à Jau. Quand j'étais jeune, nous vivions à côté du stade ; le soir, je retournais au stade faire du physique… mon père a été la personne la plus importante dans ma carrière. Il m'a tout appris et m'a toujours poussé à être élégant en toute circonstance. Dans ma façon de courir, de conduire le ballon, de me vêtir… » . A 22 ans, soit après 4 saisons au Brésil chez les pros et quelques buts, il met les pieds sur le Vieux continent, en Suisse au Servette de Genève. Le début d'une grande aventure footballistique qui se terminera en Espagne à Villaréal à l'automne 2004, 12 saisons plus tard.



En un peu plus de 400 rencontres officielles, Sonny aura marqué 242 buts. Le Servette, Marseille, Monaco, Barcelone, l'OL et Villaréal. Meilleur buteur du championnat Suisse (92-93), du championnat français avec Marseille (95-96) et l'OL (99-2000 et 2000-2001), ce buteur hors norme se souvient de la majorité de ses buts. « Dans mes préférés, il en a un avec Marseille contre Monaco ; un sous le maillot monégasque contre Nice… avec l'OL, il y a celui contre Monaco (Porato), contre le PSG (Alonzo), contre l'Inter (Toldo)… mais tu vois je me souviens tout autant de ces nombreux buts que je n'ai pas marqués. Cette tête manquée à Rosenborg est l'un de mes plus grands regrets. Si je l'avais mise au fond, l'OL aurait été qualifié. Tiens, un jour contre Sedan, j'étais seul à un mètre de la ligne de but… j'ai ouvert mon pied… et le ballon à terminer au poteau de corner. Je suis un buteur, mais je ne suis pas jaloux des autres buteurs. Je vais te faire un aveu. Tu sais quel est pour moi le plus beau but que j'ai vu inscrit à Gerland ? C'est celui de Marlet contre Lens. C'est tellement beau ce qu'il a réussi ; c'est tellement difficile. Pour moi, la reprise de volée est le geste le plus compliqué ».



Des buts, des souvenirs… Il y a bien sûr ce qui est personnel, mais chez Sonny, la notion du collectif et du plaisir à donner prend le dessus. «A Marseille, il y avait cette ambiance, cette pression et un collectif impressionnant à l'époque. J'arrivais pour remplace Boskic. A Monaco, il n'y avait pas de public, mais il fallait gagner. Au Barca, c'était un autre monde. Les gens ont toujours dit que j'avais échoué. Pour moi, c'est faux. Nous avons remporté le championnat, la Coupe d'Espagne. J'ai joué 47 matchs, marqué 16 buts…Et puis, il y a eu l'OL et cette confiance que l'on m'a faite… Mon but en jouant ? Je voulais tout simplement que les gens soient heureux. En retour, le jour de la venue d'Auxerre à Gerland le 27 novembre dernier, j'ai ressenti une énorme émotion. Je me demande si j'ai pu retenir mes larmes en entendant les acclamations de Gerland. L'OL, c'est mon club… Quand tu joues, tu mouilles le maillot… mais avec l'OL, il y a en plus de l'amour… ». Sonny organise chez lui des soirées Champions League. «On a regardé Brême avec Franck Leboeuf, Marcel Dessailly… ». Cet OL qui émerveille Bruno Metsu, l'entraîneur le plus prisé du Moyen-Orien, et son adjoint Michel Rouquette. «Cette équipe joue ; avec elle, il peut toujours se passer quelque chose ; nous sommes supporters… ». Propos de Michel Rouqette.



Sonny capitaine ? « Nous étions plusieurs capitaines à Lyon. Il y avait d'abord Laville, puis moi, Violeau, Coupet… Cela te donnait différentes tâches à accomplir sur et en dehors du terrain. Il fallait penser à soi et aux autres ; défendre le groupe lorsque c'était nécessaire. C'était important ». La presse et toi ? « Pourquoi parler tous les jours ? Cela ne sert à rien à mes yeux. Tu parles en début de semaine. Que vas-tu dire ? Le match a lieu dans 5 ou 6 jours… Moi, j'avais choisi de me faire rare ». Ses meilleurs souvenirs ? « Il y a les trophées remportés, c'était mon but en signant dans ce club, mais avant tout, je le répète, c'est le bonheur que nous avons donné aux supporters ». Sonny n'oublie pas d'exprimer sa gratitude envers les dirigeants lyonnais. « Tu sais, ils m'ont acheté à Barcelone alors que j'étais blessé. Il fallait que je montre ma reconnaissance. Cela a d'ailleurs très mal commencé avec cette élimination contre Maribor. Au début, je ne marquais pas… Bernard Lacombe m'a rassuré en me disant que ce n'était pas grave. Il suffisait d'inscrire le premier but pour que le reste vienne. Un buteur, c'est quelqu'un qui a un temps d'avance sur ses adversaires ; il devine ce qui va se passer à un moment donné pour se trouver au bon endroit ; il ne doute pas. Moi, j'avais besoin d'avoir la pression pour m'exprimer à plein. Contre Bruges, j'étais dans cet état. J'avais été mauvais au match aller ; nous avions perdu 4 à 1. Il fallait faire quelque chose. Au match retour, nous menons 2 à 0 à la mi-temps ; à quelques minutes de la fin, j'ai une occasion de but, mais je choisis de frapper tout droit au lieu de croiser mon tir. Je m'en suis voulu, en me disant qu'il y aurait une autre opportunité. Elle est arrivée dans la foulée ; j'ai croisé ma frappe et nous nous sommes qualifiés… ». Et comment ne pas lui demander de nous raconter son but contre le PSG. « Toute la semaine, j'avais eu une douleur aux adducteurs ; je ne pouvais pas tirer du pied droit. Lorsque j'ai récupéré le ballon, je me suis avancé vers la cage parisienne et le ballon s'est retrouvé sur ce pied… je n'avais plus de force… j'ai tiré du bout du pied et cela a donné force et effet au ballon, au point de tromper le gardien ».



En l'écoutant, on se dit que le foot est simple. Il nous reparle des gestes qu'il faut faire devant un gardien dans certaines circonstances. Il nous explique comment pousser le gardien à la faute. « Je suis persuadé qu'avec un peu plus d'expérience, Nilmar obtenait le pénalty contre Eindhoven… ». Un simple constat sans méchanceté. Ce Sonny buteur, il continue à bientôt 35 ans de marquer des buts. Mais au-delà de ce bonheur, il est surtout heureux de finir sa carrière comme il le fait. «Je suis heureux ; je suis en forme ; ici, c'est calme et tu as tout ce que tu veux. Mais une fois que tu es là, même si tu es un jeune joueur, ce n'est pas évident de revenir en Europe ! ». Sonny n'a rien oublié. « Je pense souvent à l'OL, aux supporters. « Mon » Delmotte, Philippe (Violeau), Greg , Pierrot, Sidney, Marlet… J'ai envie de travailler avec l'OL après ma carrière. Rejouer avec ce club ? Non. Les gens ont gardé une image de moi ; ce ne serait plus la même chose, parce que forcément différent. Je sais que je suis bientôt à la fin du parcours et d'être ici, au Quatar, me permet de bien me préparer mentalement à la suite». Et si c'était à refaire Sonny ? « Je ne changerais rien, parce que j'aurais trop peur que cela ne soit pas aussi bien ». Un but qu tu voudrais marquer? "J'ai essayé au Quatar de marquer avec un ciseau du talon... j'ai failli réussir... sinon je crois que j'en ai réussis dans toutes les positions".



Il s'est levé, reparlant de Jau à l'époque où il avait 13 ans. Un peu plus tard, en visionnant des cassettes du Servette de Genève, il s'est revu gamin de 22 ans, plus trapu qu'à son époque lyonnaise, martyriser déjà les défenses adverses et enfiler des buts. Une image parmi tant d'autres ? Cet appel de balle sur le côté en s'écartant du défenseur et cherchant le ballon qui va arriver… du vrai Sonny déjà. «Contre Monaco, en finale de la Coupe de la Ligue, Rodriguez ne m'avait pas lâché une seule seconde. J'avais des crampes. Et puis, juste avant la fin de la rencontre, il m'a laissé un peu d'espace. Je me suis dit fonce… va le plus loin possible… entre dans la surface de réparation… J'ai foncé…levé la tête ; il y avait Pat… j'ai fait la passe ; il a marqué le but de la victoire. A cet instant tu réalises que tu as gagné. Après, nous sommes allés chercher la Coupe avec « Flo » et les copains».



Sonny, buteur ; Sonny, passeur. Sonny, le joueur majuscule de la croissance d e l'OL qui refuse son statut de Star Olympienne en affirmant une fois encore : « Un buteur n'est rien sans les autres ». En attendant la sortie du DVD fin mai, il y a cette question : Va-t-il battre le record de Batistuta ? « J'ai prévenu les gars de l'équipe. D'habitude je tire les pénaltys, mais là je vais aussi frapper les coups francs... ». Sonnygoal est tout simplement éternel.



R.B

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