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Jean-Michel Aulas

Publié le 09 janvier 2004 à 19:31

Un bâtisseur insatiable



Son credo est et a toujours été 'Patience et longueur de temps ' : « Nous étions certains de décrocher un jour des titres, avec cette façon d'opérer, mais nous ne savions pas quand … » lache-t-il quelques heures avant la ‘finale 2002' du championnat de France .

Un phrase qui résume à elle seule la marque de fabrique du président de l'OL: une recette pétrie d'ambition et d'audace, qui n'en oublie jamais ni le travail, ni le modernisme. Et tant pis, si cela dérange !



« Nous serons européens dans trois ans », lance-t-il déjà à la surprise générale alors que son équipe revient à peine dans l'élite du foot français à la fin des années 80. « Nous visons le titre », martèle-t-il chaque début de saison, une fois les places européennes décrochées. « L'objectif, est de gagner la Coupe de l'UEFA », rebondit-il immédiatement après l'élimination en Ligue des Champions, bref, le président de l'OL est insatiable.

Et forcément, quand il y a décalage entre les propos et la réalité, l'opposition va se gausser du « Poulidor du foot français ! ». A laquelle il rétorque en guise de pied de nez : « Si nous pouvons avoir la popularité de ‘Poupou' et la carte de visite d'Anquetil, je prends tout se suite ».



C'est cela Jean-Michel Aulas, un "calculateur" pour ses adversaires, un "visionnaire" pour ses amis. Lui vous répondra, qu'en chef bon d'entreprise, il se doit d' avoir "toujours un coup d'avance" et qu'il a « très faim de succès et de victoires ». En tout cas, si l'OL est aujourd'hui un club respecté de tous et jalousé de certains, c'est à son président qu'il le doit pour avoir porté à bout de bras l'ambition de toute une ville, le rêve de milliers de supporters.

Le handball était pourtant à l'origine sa passion, mais le football et l'OL sont devenus sa raison d'être depuis ce printemps 1987, quand "le peti industriel qui monte, qui monte..." a pris, sous les conseils d'un certain Bernard Tapie (président à l'époque de l'OM) les rênes d'un club qui alors végète en 2ème division.

Avec lui à sa tête, l'OL va tailler sa route, lentement mais sûrement, avec à chaque étape un apprentissage qui permet de voir plus loin : « Jean-Michel Aulas a toujours eu ce petit côté visionnaire, témoigne Bernard Lacombe. Je me souviens que dès la fin des années 1980, il me disait alors que l'OL aurait sa propre télévision. A l'époque, c'était impensable. »

« Il faut savoir ce que l'on veut, répète le ‘Pres', comme on l'appelle au club. Et il est vrai que c'est plus dangereux de gravir l'Annapurna qu'une modeste montagne. Notre progression est continuelle et le risque de faire moins bien augmente chaque année. Mais nous avons choisi de regarder devant, en toute connaissance de cause. »

Jean-Michel Aulas construit donc petit à petit, sans jamais oublier la base : la gestion en bon père de famille, qui calcule toujours plus d'une fois les risques encourus ! S'il fait venir Sonny Anderson en juin 1999 pour près de 18 millions d'Euros, il sait déjà que ce pari s'avèrera gagnant, car il a senti que le Brésilien a l'aura qu'il faut à l'OL pour aller encore plus haut.



Lorsqu'il devient en 1987 patron de l'OL, le club –trois salariés à plein temps et une personne à mi-temps dans les bureaux !- possède un budget de 2,29 millions d'Euros, avec un déficit chronique de plus d'un million d'euro !

Seize ans plus tard, fort d'une centaine d'administratifs, il franchit la barre des 100 millions, avec huit résultats financiers positifs consécutifs ! Il est bien loin le temps (1988) où l'OL doit céder son meilleur joueur, Laurent Fournier, qui touchait 60 000 F par mois, à l'ASSE … Et si Lyon n'est plus la banlieue de Saint Etienne en matière de football, c'est que cet homme, sans cesse en quête de challenges, n'hésite jamais à monter au feu, quand les flammes sont aux portes du club. Les soirs de match, il fait toujours face aux questions, qu'elles soient dithyrambiques (après Inter de Milan – Lyon) ou beaucoup moins (après Maribor, Brême, Denizli, Liberec …). Sa recette est peut-être aussi là : savoir faire le dos rond, affronter les tempêtes et protéger le groupe, sans jamais faire la révolution. Bernard Lacombe, Jacques Santini ou Paul Le Guen le savent, eux qui ont bénéficié malgré les écueils de l'appui jamais démenti en externe du "Big Boss". Car JMA, qu'on se le dise, n'est pas un dévoreur d'entraîneur.

Avec les deux premiers titres de champion et la Coupe de la Ligue 2001, il peut revendiquer haut et fort, sur le plan sportif, le statut du club français le plus régulier à l'échelle continentale, avec une quatrième participation d'affilée en Ligue des Champions. Record national en la matière.



‘RE-GU-LA-RI-TE' : ce mot sonne aussi très fort dans le discours du ‘boss'. Régularité pour pérennité du club : « La Ligue des Champions, et ses revenus, sont indispensables pour grandir chaque année », martèle-t-il, même s'il sait qu'il agace, ceux qui préfèrent puiser en premier, dans cette compétition, l'aspect sportif.

« J'ai encore très faim », répète-il, le regard toujours fixé sur l'horizon. S'est-il fixé un sommet ? L'Europe ? « Nous pouvons la gagner un jour », rêve-t-il tout haut, parfois quitte à se faire railler par ceux qui le trouvent prétentieux. Mais c'est cela Jean-Michel Aulas : un bâtisseur à jamais insatiable...