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Jean-Michel Aulas : "L'OL est une formidable institution qui m'apporte énormément de satisfactions depuis le début"

Publié le 15 juin 2017 à 08:00 par YM

Le président de l’Olympique Lyonnais a accordé une interview exclusive à OLTV et OLWEB au moment de fêter ses 30 ans à la tête du club. L’occasion de revenir en longueur sur les années passées et sur celles à venir.

"Président, vous fêtez vos 30 ans à la présidence de l'OL ce jeudi. Est-ce un sentiment de fierté qui prédomine ?

Oui, c'est une immense fierté. Être dans un club aussi prestigieux et affectif que l'OL depuis 30 ans, c'est magnifique. C'est une expérience formidable d'apprendre tous les rouages nationaux, européens et mondiaux du football grâce à une institution comme l'OL. J'ai connu beaucoup plus de moments de satisfaction que de périodes difficiles, ce qui est compliqué dans un monde tel que celui du football.

Dans quel état d'esprit étiez-vous au moment de votre arrivée à l'OL, alors mal en point en 1987 ?

L'idée, à mon arrivée, était de faire de l'OL un club très vite reconnu à l'échelle internationale et européenne. J'avais un état d'esprit extrêmement novateur, imaginatif et affectif. Je n'avais pas mûrement réfléchi les choses et il y a eu un enchaînement de circonstances qui a fait que je suis arrivé à l'OL. Aujourd'hui, j'en suis très heureux. C'était le grand saut pour moi. Je ne connaissais pas grand chose à la gestion d'un club de football professionnel mais j'étais malgré tout passionné. C'était un moment de remise en cause mais aussi d'enthousiasme. Je suis arrivé sans vraiment savoir ce qui allait m'attendre par la suite.

Dans la foulée, vous renouez avec la Coupe d'Europe. C'est un moment important ?

Oui, l'Europe c'était le moyen le plus direct pour accéder au cercle des grands clubs. Pour une équipe d'une grande ville, c'était une obligation. L'OL qui revient dans ce cercle des grandes écuries européennes, c'était un symbole important de notre projet. Le match à Rome, face à la Lazio (ndlr 17/10/95), a été un moment charnière qui nous a permis de rentrer véritablement dans la cour des grands. C'était la porte d'entrée vers le très haut niveau. C'est un moment gravé à jamais dans mon coeur. Le premier instant de très grande joie, comme on en a connu par la suite.

En marge de votre prise de position à la tête de l'OL, vous intégrez aussi les instances du football français et européen. C'était une manière d'aider le club à grandir ?

C'était avant tout quelque chose d'indispensable. Créer le syndicat des clubs professionnels (ndlr l'UCPF) était primordial. Il y a eu ensuite la reconnaissance de tous les grands clubs européens avec mon arrivée au G14, où seuls les clubs ayant gagné la Coupe d'Europe pouvaient siéger. Avec des idées novatrices et cette crédibilité offerte par le fait d'être chef d'une entreprise internationale, j'ai pu légitimer mon entrée dans cette organisation très huppée composée des plus grands présidents de clubs. Pour moi, c'était extrêmement important de pouvoir dialoguer avec eux et d'avoir cette reconnaissance de leur part, malgré le fait que l'OL n'ait pas remporté la Coupe d'Europe. Puis, du fait de mon apport et de mes idées nouvelles, j'ai eu l'opportunité d'en prendre la présidence quelques temps après. Ce sont des expériences très enrichissantes, qui permettent d'acquérir la connaissance de tout ce qui se passe sur le plan national, européen et mondial. C'est indispensable.

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Peut-on dire que l'OL bascule dans une nouvelle dimension en 1999, avec l'arrivée du groupe Pathé conjuguée à celle de Sonny Anderson ?

Les deux choses sont liées. Sans la venue de Jérome Seydoux et du groupe Pathé, le club aurait eu beaucoup de mal à franchir cette étape. Ça nous a permis d'avoir les moyens d'affronter les plus grands clubs européens et d'en convaincre certains de nous céder de grands joueurs. La négociation avec Barcelone entre dans ce cadre là. Elle nous a permis de faire venir Sonny Anderson, un des plus grands joueurs ayant évolué dans le championnat de France mais qui était en manque de reconnaissance là-bas.

C'est une période fondatrice. Lyon va enchaîner les podiums ainsi que les participations aux joutes européennes...

Ça nous a permis d'accéder à l'élite et d'avoir une permanence au plus haut niveau. Ça nous a également permis d'avoir les connaissances nécessaires pour rebondir en périodes de difficulté, ce que tout club connait à un moment où à un autre, ou d'anticiper ces dernières. C'est une expérience fantastique qui nous a offert la possibilité d'affronter les plus grands clubs du continent.

L'OL a connu des succès depuis votre arrivée en 1987. Mais quelles sont les défaites qui vous ont le plus marquées au cours de vos années lyonnaises ?

Les défaites sont toujours des sanctions. La défaite face au Milan AC (en 1/4 de finale de C1, saison 2005-2006) est une sanction sportive et professionnelle. Milan a une histoire et des acquis que nous n'avions pas à l'époque. Quand on se croit plus fort que l'adversaire sans en avoir la stature, ce sont des choses qui arrivent... À Eindhoven, c'est une erreur d'arbitrage qui nous coûte cher et qui nous empêche d'atteindre le plus haut niveau. Mais il faut apprendre de ses échecs pour arriver à se surpasser.

L'OL s'est constitué un palmarès impressionnant depuis que vous en êtes à sa tête. Quel titre ressort le plus ?

Le premier titre de champion de France reste unique. Côté féminin, la première Ligue des Champions, qui faisait suite à une précédente finale ponctuée d'une défaite aux tirs-au-but. C'est quelque chose d'immense. Cette saison, on aurait pu gagner une Coupe d'Europe avec les hommes aussi. Mais, l'an prochain, on fera en sorte de la remporter de nouveau avec l'OL féminin et nous allons tenter d'aller au bout avec les hommes, puisque la finale de la Ligue Europa se tiendra au Parc OL. Il ne faut pas reculer malgré nos échecs. On va structurer une équipe capable de bien figurer en Europe et, si possible, capable de remporter cette Ligue Europa la saison prochaine.
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Malgré les victoires acquises, vous donnez toujours l'impression de vouloir faire mieux. Est-ce une de vos qualités ?

C'est une qualité propre à chaque entrepreneur. Il faut toujours se remettre en cause pour aller encore plus loin. Tant qu'on n'aura pas gagné la Ligue des Champions, raison pour laquelle nous avons construit le Parc OL, le club devra encore se donner les moyens et les ambitions d'être européen, tout en passant au travers des crises. Avec les titres que l'on a glanés, avec ce stade que l'on a construit et avec un peu de patience, on peut se donner les moyens d'atteindre le niveau des plus grands clubs. Aujourd'hui, on a résolu un certain nombre de problèmes. Il y a eu des accrocs par le passé qui ont fait qu'on a eu des difficultés. Mais on les a contournées et on va repartir dans cette logique de victoires et de titres. Car quand on fait bien les choses, on arrive toujours par atteindre nos objectifs.

Vous avez crée la section féminine en 2004. Imaginiez-vous en faire à terme la plus grosse équipe au monde ?

Non, pas au départ, je le concède. À l'époque où l'OL reprend le FC Lyon, ce dernier connaissait de grosses difficultés. J'ai rapidement pris la décision d'en faire la plus belle équipe féminine existante. Cela a été possible car nous n'accusions pas le retard que l'on a pu avoir avec l'équipe masculine. On bénéficie de cela aujourd'hui. On a toujours eu cette volonté de rester au plus haut niveau.

À votre arrivée, vous aviez déjà l'ambition d'avoir un grand stade. La construction du Parc OL a-t-elle été l'épreuve la plus dure de vos années de présidence ?

Oui. Il a fallu convaincre les sceptiques. On était un peu en avance. Pour avoir analysé le business model d'autres clubs, on savait qu'on n'avait pas d'autres alternatives pour réussir. Tous les plus grands clubs passent par l'acquisition de la propriété de leur stade. La France avait un certain retard. On a eu six années de guerre, de procédures administratives, afin d'être côtés en Bourse, d'avoir l'aval de l'Etat, puis de pouvoir construire ce stade. Le Parc OL aurait dû être construit en 2010 et si on l'avait eu à cette époque, on aurait déjà pu gagner cette Coupe d'Europe.

Est-ce la raison pour laquelle votre émotion était si forte le 9 janvier 2016, au moment de l'inauguration du grand stade ?

Oui, c'était énorme ! J'ai dit que c'était le plus beau jour de ma vie mais j'en ai eu plusieurs (rires). Ça marquait une victoire importante. On ne peut pas imaginer la situation que c'était pendant ces 10 années d'attente, où l'on risque tout ce qu'on a pour démontrer des choses pourtant évidentes. Ça m'insupporte au plus haut point. C'est la raison pourquoi j'était très ému. Depuis mon arrivée à l'OL, mon objectif est de gagner la Coupe d'Europe. Mais c'est plus facile de l'avouer maintenant que les infrastructures sont là. Elles nous donnent les moyens de réussir. Le Parc OL est fait pour accueillir des matchs européens. On a aussi transformé le savoir-faire au sein de l'Académie pour former les meilleurs joueurs et joueuses du monde. Le process se construit sur des années. Il y a eu des évolutions, dont l'arrivée de partenaires étrangers. Et puis, on peut compter sur d'incroyables supporters. Aujourd'hui, on a tous ce qu'il faut pour réussir à l'avenir. Quand on se fixe un objectif, qu'on met les moyens en oeuvre et qu'on se laisse le temps d'y parvenir, on fini par les atteindre. L'OL est une formidable institution qui m'apporte beaucoup plus de satisfactions que de difficultés depuis le début."

L'intrégalité de l'interview est à retrouver en intégralité sur OLTV, ce jeudi, dès 20h30.