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Jean Sudres, le défenseur du droit

Publié le 13 février 2014 à 14:56 par SC

Il est au cœur des négociations et des débats. Celui qui a une formation d’avocat défend l’intérêt du club lors des périodes de transfert et plaide la cause des joueurs lyonnais lors des commissions de discipline.

Le 31 janvier 2014, un peu plus de 18 heures. Tout le monde du football professionnel s’agite. On vit les dernières heures du mercato hivernal. Les clubs vivent au rythme des transferts, des prolongations, des prêts…Un accord vient d’ailleurs tout juste d’être signé du côté de Lyon. Alassane Pléa est prêté, sans option d’achat, à l’AJ Auxerre pour le restant de la saison. Les négociations ont abouti. Un homme notamment s’est activé en coulisses. Jean Sudres travaille au Pôle Juridique de l’Olympique Lyonnais. Il participe aux tractations qui se nouent et se dénouent entre les présidents de clubs, les joueurs et leurs agents. Du football et du droit, tout ce qui le passionne. « J’aime le sport, et plus particulièrement le foot. Mais, je suis un piètre footballeur. J’ai donc trouvé un autre moyen de rester dans ce domaine (sourires) ». Un long cursus jalonné d’études et de stages lui a permis d’y parvenir. « J’ai fait des études dans le droit des affaires, puis un Master spécialisé de gestion d’entreprises sportives. Je suis avocat, j’ai prêté serment en 2010. J’ai eu quelques expériences par des stages notamment au Toulouse Football Club. J’ai aussi travaillé en tant que conseiller juridique à la Ligue de Football Professionnel ».

Une polyvalence et une expérience auxquelles Vincent Ponsot, Directeur du pôle juridique du club, porte un intérêt tout particulier. Le profil lui plaît, l’aventure lyonnaise de Jean débute. « J’ai postulé à l’OL en 2010 et j’ai eu une chance énorme que la recherche du club coïncide avec la fin de mes études. J’ai été embauché à l’OL par Vincent, dans le Pôle Juridique qu’il a créé de toute pièce en 2009 ». Depuis, le Toulousain d’origine s’occupe de l’ensemble des dossiers juridiques liés au sportif, un autre juriste s’intéressant aux autres secteurs, notamment celui commercial. Les dossiers à étudier sont nombreux et surtout variés.

Le mercato, le pic de l’activité

Dans un monde du football où « tout est formalisé, tout est cadré », le travail ne manque pas pour le juriste. Ce dernier dresse une liste de ses principales tâches à effectuer au sein du Pôle Juridique. « Mon domaine, ce sont les dossiers de contentieux, les dossiers disciplinaires, les rapports avec les organes institutionnels du football, les incidents dans les tribunes... Il y a aussi une veille juridique qui est faite pour surveiller les évolutions du droit ». Les contrats de joueurs restent cependant le cœur de son activité. Et pour cause.

Les tractations et les transferts rythment la vie du football actuel. Il ne se joue plus uniquement sur un terrain. Il se joue aussi dans les bureaux, dans les coulisses. Et tout cela commence dès le plus jeune âge. Des plans de carrière sont établis par des footballeurs en herbe et leurs représentants. Un accord de non sollicitation marque le début de ce parcours. «  A partir de 13 ans, le joueur peut s’engager à intégrer le centre de formation lorsqu’il aura atteint l’âge de 15 ans. En contrepartie, le club s’engage à lui proposer un contrat de joueur en formation. Cela permet de conserver les meilleurs joueurs, par rapport aux convoitises d’autres clubs ». Un premier type de contrat qui en précède d’autres. « De 15 à 18 ans, les jeunes signent un contrat aspirant, puis de 18 à 20 ans, c’est un contrat stagiaire ».

Le juriste a d’ailleurs un plus grand rôle concernant les contrats de ces jeunes joueurs de l’Académie. A l’image de l’une de ses dernières expériences. « Je suis parti en Norvège pour le contrat d’un jeune joueur pendant quelques jours. On a rencontré les deux clubs où il a joué pour négocier les indemnités de formation. Ce sont des indemnités qui sont payées aux différents clubs qui ont formé le joueur. Donc pour les jeunes, je suis au cœur des négociations, c’est très intéressant. Même si je suis toujours en liaison avec Vincent pour avoir son accord ».

Avant toutes négociations entre les différentes parties, l’important est de monter le dossier, de préparer le terrain. « Il faut d’abord établir les conventions de transfert, avec notamment une rédaction juridique des différentes clauses pour sécuriser au maximum les intérêts du club. Ensuite, viennent les négociations entre les différents acteurs, le Président, Vincent Ponsot, le joueur et son agent ». Le travail de Jean ne se limite cependant pas qu’à ce rôle. Il peut enfiler aussi un tout autre costume.

L’avocat des joueurs

Celui qui a prêté serment il y a quatre ans met au service du club ses talents de la plaidoirie. L’avocat de formation défend les joueurs lyonnais lors des commissions de discipline. Une autre facette de son métier qu’il prend à cœur, et pour cause. Assister au maximum le joueur est la politique du club. « La volonté du club est que le joueur soit toujours accompagné durant les procédures. Vincent Ponsot ou moi, on est présent à chaque fois ». Les commissions se déroulant à Paris, il était souvent contraignant de se déplacer de Lyon jusqu’à la capitale. La LFP a depuis peu décidé de faciliter les démarches des clubs. « Depuis à peu près un an, il y a un système de visioconférence qui a été mis en place. Cela nous évite de faire les voyages à chaque fois à Paris ». Surtout lorsque les commissions ne durent que quelques minutes.

La volonté du club est que le joueur soit toujours accompagné durant les procédures. Vincent Ponsot ou moi, on est présent à chaque fois

Ceci est vrai pour la très grande majorité des cas traités. En effet, les réunions se prononçant sur les expulsions ou sur une accumulation de cartons jaunes prennent très peu de temps. « A chaque carton rouge, le joueur est convoqué le jeudi devant une commission disciplinaire de la LFP. Ce sont des commissions qui sont très rapides. La commission nous propose tout d’abord de visionner les images des faits. Soit on accepte, soit on refuse de le faire. Après, le joueur parle et s’explique ». C’est à ce moment-là que Vincent Ponsot ou Jean Sudres interviennent. « Notre rôle est de défendre notre joueur, pour diminuer au plus possible la sanction. Tout est regardé et préparé avant, notamment le casier disciplinaire du joueur pour savoir s’il est récidiviste ».

Sur les dossiers plus importants, les procédures ne sont plus les mêmes. Elles sont plus lourdes, plus longues. « Lorsque ce sont des commissions pour des choses un peu plus compliquées, la procédure dure plus longtemps. Les événements qui se sont déroulés lors du derby à Saint-Etienne en sont un exemple ».

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