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« Jouer le maintien est très usant »

Publié le 01 mai 2015 à 08:02 par SC

C’est dans son parcours atypique et sa force de caractère que Mathieu Duhamel, 30 ans, a puisé sa motivation pour franchir petit à petit les obstacles, sans avoir fait ses gammes dans un centre de formation. Et pour sa première saison dans l’élite lutter pour le maintien avec Evian.

Quel bilan faites-vous de votre première saison en L1 ?
« Pour l’instant, c’est correct. Si je n’avais pas eu ces deux blessures, je pense que ça aurait pu être mieux au niveau des statistiques. C’est un peu embêtant mais ça fait partie du métier et de l’histoire d’une saison. C’est toujours compliqué d’être un attaquant dans des équipes qui jouent le maintien.

A 30 ans, cette première saison en L1 est-elle inespérée ou vous saviez que ça allait arriver ?
Ça a toujours été mon rêve de jouer au plus haut-niveau. Mais tout ne dépend pas forcément de nous les joueurs. J’ai attendu patiemment mon heure. J’ai fait les bons choix en changeant de club au fur et à mesure de ma carrière. Ces équipes m’ont permis de franchir progressivement les paliers.

Vous avez été prêté au mercato hivernal à Evian par Caen, tous deux à la lutte pour le maintien…Est-ce difficile de gérer cette situation ?
Non, ce n’est pas difficile. Je le vis plutôt bien. Je n’ai pas de souci avec cela. Je me donne à fond pour mon équipe, mouille le maillot que je porte. Je ne me pose pas toutes ces questions. Si je suis aujourd’hui à Evian, c’est que Caen a été aussi d’accord pour me laisser partir.

N’est-ce pas trop rageant de n’avoir pu vivre pleinement cette saison en L1 avec Caen alors que vous avez été un grand artisan de la remontée avec 24 buts ?
Bien sûr, il y a forcément un peu de tristesse. Ça fait partie du football. Le principal, c’est que je prenne du plaisir sur le terrain. S’il y a 10 ans, on m’avait dit que je serai là où j’en suis aujourd’hui, je ne l’aurais pas cru. Donc je profite du moment, de la chance que j’ai.


"On n’a pas besoin de joueurs individualistes. On a besoin de tout le monde, d’une équipe qui tire dans le même sens. Psychologiquement et même physiquement, jouer le maintien est très usant."


Quelles sont les valeurs morales à avoir lorsqu’on joue le maintien ?
Ce ne sont jamais des situations faciles pour un joueur. Le principal est de ne jamais rien lâcher. Le courage et la solidarité sont des valeurs aussi importantes pour un groupe. On n’a pas besoin de joueurs individualistes. On a besoin de tout le monde, d’une équipe qui tire dans le même sens. Psychologiquement et même physiquement, jouer le maintien est très usant.

Etes-vous plus armés que les autres équipes pour batailler pour le maintien ?
C’est effectivement une équipe qui connait cette situation pour l’avoir déjà vécue plusieurs fois, notamment la saison dernière. Il y a une certaine expérience, un vécu. Ça va être compliqué jusqu’au bout pour toutes les équipes concernées. Mais je suis persuadé que nous avons toutes les qualités pour se maintenir dans l’élite. Ça peut paraître bateau mais il faut prendre les matchs les uns après les autres. Et je dis toujours que c’est à la fin du bal que l’on paie les musiciens.

Quel regard portez-vous sur cette équipe de l’OL ?
Offensivement, les Lyonnais sont impressionnants. Ils ont des joueurs de très haut-niveau. Il y a Nabil Fekir, qui est tout simplement exceptionnel depuis le début de la saison. Alexandre Lacazette, je n’en parle même pas. Il est vraiment fort. Il y a aussi Clinton Njie qui montre de belles choses. Il n’y a que des très bons joueurs dans cette équipe, peu importe le poste. De notre côté, il faudra être meilleur offensivement et le plus efficace possible. La différence avec les équipes de haut de tableau, c’est que nous pouvons avoir qu’une seule, voire une demi-occasion, alors qu’elles en ont 6 ou 7 par match. Ça va donc se jouer sur notre efficacité dans les deux surfaces.

Est-ce que vous avez d’autres choix que de venir gagner à Lyon ?
Après l’OL, on aura encore un calendrier compliqué à gérer. Il faut aller à Lyon et jouer décomplexé. On va affronter sûrement la meilleure équipe du championnat, derrière le PSG. C’est une superbe équipe. Lyon va jouer la Ligue des Champions la saison passée, c’est dire. Il ne faut pas se poser de questions. Nous n’avons rien à perdre. Tout le monde nous voit perdants. Avec beaucoup d’humilité et de modestie, nous n’arrivons pas à la cheville de cette équipe sur le plan des résultats. Il faut cependant garder cette confiance en soi. Samedi, ce sera un match entre 11 hommes et 11 hommes.

Quel regard portez-vous sur votre parcours ?
C’est une grande fierté. Les gens autour de moi, la famille…sont aussi très fiers de moi car ils savent que ça n’a jamais été facile pour moi. Mais je n’ai jamais rien lâché. C’est aussi grâce à ma force de caractère. J’ai eu un parcours atypique. Les gens ne croyaient pas en moi, ne me voyaient pas percer dans le football professionnel. C’est donc encore plus flatteur de jouer aujourd’hui au plus haut-niveau et d’avoir pu confirmer mes qualités en Ligue 1. Surtout dans deux équipes qui jouent le maintien. C’est difficile pour un attaquant d’évoluer avec ce genre d’équipes. On a très peu d’occasions pour marquer. Je travaille énormément sur le plan défensif, pour presser, harceler les adversaires. Je suis fier de ma carrière qui ne devait pas à l’origine être une carrière professionnelle. Mais je suis un insatisfait, je veux toujours aller plus haut. Je veux encore franchir un palier.

Est-ce que le fait de ne pas être passé par un centre de formation vous donne un regard particulier sur le football ?
Non, pas particulièrement. Chacun a sa vision du football et du milieu. Je suis franc et honnête, j’aime dire ce que je pense. La différence peut-être que j’ai avec les autres joueurs passés par un centre de formation est peut-être dans la condition physique et psychologique. A mon âge, je pense être moins émoussé que certains. Je suis plus frais.

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