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Karim Benzema, l'interview exclusive

Publié le 03 juillet 2009 à 19:30

Le jeune attaquant se confie en exclusivité pour OLTV et OLWEB dans les vestiaires et sur le terrain du Stade de Gerland.

Karim, on va revenir sur ta carrière à l’Olympique Lyonnais. Te rappelles-tu quand tu es rentré dans ce club, tu étais un gamin de neuf ans ?
Franchement oui, je me rappelle de ma première détection c’était sur le terrain numéro 10 de la CFA. C’était là juste derrière la cage du terrain de la CFA. A l’époque il y avait Rémy Riou, Sandy Paillot, des joueurs comme ça qui aujourd’hui sont professionnels.

C’était déjà un rêve de jouer à l’Olympique Lyonnais ?
Oui c’était déjà un rêve même si j’étais encore petit pour dire j’allais être footballeur professionnel. Mais c’était déjà un rêve de jouer à l’Olympique Lyonnais venant du quartier d’où j’étais originaire. Tout le monde était très content déjà, même si je n’avais que neuf ans.

On va revenir sur la formation quand tu entres au centre. As-tu dû beaucoup bosser ?
Ça a été difficile. Je dirais de 9 ans jusqu’à 13-14 ans c’était pas mal, je faisais de très bons matchs, j’étais bien. Après quand je suis passé au centre j’ai eu une ou deux années où c’était difficile où j’ai vraiment appris. Ça m’a beaucoup aidé d’être au centre et de ne pas rester dans mon quartier. Je remercie encore tout le monde. J’avais un entraineur, Armand Garrido qui m’a fait beaucoup travailler qui m’a permis d’avancer dans cette période difficile.

Avais-tu besoin de ses conseils ?
Oui il fallait qu’on me pousse pour que quelque chose sorte de moi et c’est ce qui s’est passé.

Ta famille aussi te poussait ?
Oui toujours, ils sont toujours là, même les amis. C’est vrai que dans ma famille, tout le monde aime le foot. Donc ça fait plaisir quand tu as toute une famille comme ça aussi soudée qui est derrière toi et qui ne lâche rien.

Gérard Bonneau, t’a aussi aidé dans ton parcours ?
Oui c’était en moins de 14 ou moins de 15. C’est une personne que j’apprécie beaucoup qui est très gentille et qui connaissait bien mon père. C’est même lui qui a facilité mon entrée au centre. Moi j’habite à 5 minutes et c’était plus réservé pour ceux qui habitent loin. C’est donc quelque chose qui a été important pour mon début de carrière.

15 ans, te dis-tu : « je vais être pro » ?
Non la saison des moins de 15 ans c’était avec Abdel, l’adjoint de Garrido. Je faisais quelques matchs avec Garrido. Cette saison a été très difficile. C’est à partir des moins de 16 ans que je me suis mis dans la tête qu’il me manquait pas grand chose pour m’accrocher et devenir professionnel.

Quand tu signes ton premier contrat pro, comment cela se déroule ?
J’étais aux Championnats d’Europe, je n'avais pas encore de contrat. On a gagné le championnat d’Europe. J’étais le seul en équipe de France à ne pas avoir de contrat. Puis le club m’a tout de suite appelé pour un contrat pro. J’avais d’autres clubs qui s’intéressaient à moi mais j’avais fait toute ma formation à Lyon. Je n’avais donc pas envie de signer professionnel ailleurs qu’à Lyon. Quand j’ai signé ça a été un rêve qui se réalisait.

Avec qui as-tu commencé à t’entrainer?
J’ai commencé à m’entrainer avec Paul Le Guen . Il m’appelait pour doubler les postes quand il manquait un arrière gauche, un milieu de terrain. A partir de ce moment, c’était clair dans ma tête, je serai footballeur professionnel. J’ai accéléré pour y arriver.

Paul Le Guen est-ce vraiment lui qui te met le pied à l’étrier en pro ?
Oui c’est lui qui est venu me chercher. J’étais à l’école, je me rappelle j’étais en cours. Il est venu me chercher pour remplacer à l’époque Wiltord et Malouda contre Sochaux. Ils étaient malades. J’y suis allé, je me suis entraîné. A l’époque il y avait dans le groupe Abidal, Lamine Diatta...

Et là tu te dis "je suis sur une autre planète" ?
Pas sur une autre planète mais très content déjà. J’avais 16 ans et demi. J’étais très content. Mes potes l'étaient aussi pour moi. Ceux du centre étaient heureux. Donc oui j’étais vraiment content.

Et c’est là que tu vas faire ce fameux discours ?
Oui c’était contre Metz. On était en veille de match. Il y avait Lamine Diatta, Wiltord, Abidal, Govou, ils étaient tous en train de me chambrer. J’étais très timide. Ils me disaient: « tu vas faire un discours, » et moi je disais « oui c’est bon, laissez moi tranquille ! » Après manger ils ont commencé à taper sur les verres. Je suis devenu tout rouge, je n'arrivais plus à parler. Je me suis levé. J’ai commencé à parler. Ils se sont tous mis à rigoler. « Bon ben arrêtez de rigoler, si je suis là c’est pour prendre vos places… » Après, ils m’ont applaudi. Ils dansaient sur les tables. C'était marrant.

Un bon souvenir ?
Oui très bon.

Après tu as cette période avec Gérard Houllier. Tu as continué à gagner de l’expérience ?
Oui, Gérard Houllier est un très grand entraîneur. Il m’a fait progresser. Il m’a fait débuter des gros matchs, il m’a donné confiance en moi. Il m’a ouvert les yeux sur ce que je pouvais faire. C’est grâce à lui qu’aujourd’hui j’ai confiance en moi.

Tu te rappelles de ses discours ?
Il me disait de jouer mes ballons, de progresser, de patienter. J’étais jeune à l’époque. J’avais envie de jouer. Et c’est ce que j‘ai fait, j’ai patienté, je l’ai écouté. Aujourd'hui j'en suis content.

Ton modèle a toujours été Ronaldo même si tu n'y pensais pas avant, Ronaldo c'est quelqu'un d'important.
C'est le meilleur de toute l'histoire du football. Pour moi c'est un gars qui a toutes les qualité qu'un joueur rêve d'avoir.

Et quand tu parles d'être un jour ballon d'or c'est à ce moment là que tu y penses?
Oui quand je le dis je le pense. Il suffit d'enchaîner les bonnes saisons avec des très bons matchs à chaque fois que ce soit en club ou en équipe de France. Pour moi un joueur doit avoir cet objectif-là dans la tête même si c'est un trophée individuel et que l’on pense d'abord au collectif. Mais si on veut être quelqu'un dans le football, être reconnu, il faut gagner le ballon d'or au moins une fois dans sa vie. Moi c'est toujours dans un coin de ma tête. Tout ce qui s'est passé pour moi ça a toujours été un rêve. J'en ai attrapé quelques uns un mais il m'en reste encore; je dois donc continuer à travailler pour les acquérir.

Qu'est ce que ça te fait de te dire que c'est la dernière fois que tu te retrouves ici dans ce vestiaire ?
Ça me fait chaud au cœur je suis un peu triste et content à la fois. Content parce que je vais signer dans un très grand club, un des plus grands clubs du monde. Triste parce que je laisse toute ma formation, mes amis, les personnes avec qui j'ai grandi ici à Lyon, parce que j'étais vraiment bien. Mais je vais suivre Lyon de partout parce que c'est un club qui m'a fait grandir et qu'aujourd'hui je lui dois tout.

Aller jouer au Real c'est pour toi le rêve de gosse qui se réalise ?
C'est tout ce que je souhaitais quand j'étais jeune. De toute façon, moi ou tous mes proches même dans le quartier n'aimons que le Real, ça tombe bien mais c'est vrai. Quand j'avais 16/17/18 ans il n'y avait que cette équipe qui me faisait rêver. Aujourd'hui, penser que dans quelques semaines, je serai là bas, je suis très heureux.

De te retrouver avec des joueurs comme Ronaldo, Kaka, c'est....
Ce sont de grandes stars, j'aurais aimé qu'il y ait Ronaldo, le vrai, numéro 9 . Mais c'est vrai, ce sont de grands joueurs, des ballons d'or. J'ai tout à apprendre à leurs cotés.

Que te restera-t-il des tes années Olympique Lyonnais ?
Je ne vais pas oublier la saison où on a fait le doublé. C'était vraiment une grosse saison, on avait une grosse équipe. On aurait pu aller plus loin en Ligue des Champions. Je dirais le doublé ainsi que cette saison là avec la première mi-temps contre Barcelone qui laisse des regrets. Mais sinon dans l'ensemble, j'ai dit je n'oublierai personne dans ce club, de la période Poussin jusqu'à professionnelle.

Karim entre sur le terrain de Gerland. Karim qu'est ce que ça te fait de te retrouver sur cette pelouse qui t'a apporté tellement de bonheur ?
Beaucoup de choses, un pincement au cœur parce que j'ai marqué pas mal de buts ici, on a fait de très bons matchs. C'est ici que j'ai débuté. J'espère que ce n'est pas la dernière fois que je reviens ici.

Tu te rappelles d'un des plus beaux buts que tu as marqué ici ?
Peut être un but contre Lens où je marque là-bas (montrant le virage Sud) où je dribble sur le côté, je frappe. Il y a eu un premier but en Championnat contre Auxerre, un coup franc contre Caen aussi. Il y a eu mon premier but en Ligue des Champions ici (montrant le virage Nord) contre Rosenborg.

Les derbys, qu'est ce que ça représente pour toi ?
Lyon-Saint Étienne oui comme je le dis souvent depuis mon plus jeune âge, on m'a toujours dit que c'était mieux de gagner contre Saint Étienne. Au début je ne savais pas pourquoi et après je me suis rendu compte que les rivalités étaient vraiment importantes. Je m'en suis même rendu compte en jouant à Saint Étienne avec l'équipe de France. Ils ne laissent rien passer aux joueurs lyonnais. Ce sont des matchs de fou.

As-tu toujours marqué face à Saint Étienne ?
J'ai toujours marqué à part la dernière fois. J'aurais pu marquer, j'ai eu des occasions. Mais sinon en jeune et en pro j'ai toujours eu la chance de marquer contre Saint Étienne.

Bernard Lacombe, que peux-tu dire sur lui ?

Sur Bernard, je peux dire plein plein de choses. C'est la personne qui a été la plus importante dans ma carrière de footballeur. On sait le nombre de buts qu'il a mis ici. Il m'a pris sous son aile. Je lui suis redevable aujourd'hui de tout le bien qu'il a pu me faire : à moi ainsi qu'à toute ma famille. Chaque fois que ça allait ou que ça n'allait pas on se voyait dans son bureau. Je venais souvent sur le terrain de Gerland avec lui en veille de match. On marchait sur le terrain et il me disait demain tu en mets deux, demain tu en mets un… Je le remercie. De toute façon, je vais rester en contact avec lui car c'est quelqu'un que j'apprécie énormément. Je sais qu'aujourd'hui je vais quitter Lyon. Il va être triste comme moi car on avait une complicité. Je suis content de l'avoir connu.

Il te surnommait « Le Gamin »...
Oui tout le temps même quand je faisais une mauvaise passe il disait « eh gamin qu'est ce que tu fais ? » Parce que lui quand il commente un match, il le vit c'est comme s'il le jouait. Ce que j'aimais de lui c'est qu'il était vrai avec moi. Il me disait mes défauts et mes qualités. C'est ce que j'ai apprécié énormément chez lui.

Si tu lui laissais un message, que lui dirais-tu ? Je lui dirais: Bernard, la vie continue. Je poursuis mon chemin. Mais en tout cas, je te remercie vraiment pour tout ce que tu as pu faire pour moi. De toute façon on garde contact. J'espère que tu viendras souvent me voir à Madrid pour voir mes matchs. Je te dis encore merci.

Et puis tu es sûr qu'il va te demander ton maillot.
C'est sûr qu'il aura le premier.

Un autre personnage de l'Olympique Lyonnais : Jean-Michel Aulas ?
C'est pour moi un très grand président. Lui aussi a tout fait pour moi, pour que je me sente dans les meilleurs conditions à Lyon. Il a tout fait pour faire jouer l'équipe autour de moi. Pour ce transfert, il savait que c'était mon rêve de rejoindre le Real Madrid et comme je l'ai dit, il était de mon côté. Je le remercie. C'est un très grand monsieur. On a eu une grosse affinité. Je parlais souvent avec lui. C'est quelqu'un de très gentil, on peut bien parler avec lui, il comprend. Sur mon transfert, il s'est opposé car il ne voulait pas que je parte mais il savait que c'était mon rêve et je le remercie encore aujourd'hui.

Tu sais que tous les gens qui viennent ici au stade de Gerland, le virage Nord, le virage Sud, il y a une grosse tristesse de te voir partir. Qu'est-ce que tu as envie de leur dire ?
J'ai passé de formidables saisons ici. Pour un jeune qui commence, ils m'ont tout de suite aimé, après c'est aussi dû à mes performances sur le terrain. C'est pas facile de rentrer dans le cœur des supporters mais j'ai réussi à le faire. Aujourd'hui, je les remercie, c'est grâce à eux que j'ai flambé. Quand tu as tous les supporters de tout un stade derrière toi, ça te pousse à aller encore plus haut. Qu'on prenne Virage Nord, Virage Sud, Jean Jaurès, Jean Bouin, tout le monde m'acclamait, m'applaudissait. Aujourd'hui c'est grâce à eux je le répète. J'espère que je reviendrai et si possible je terminerai ma carrière à Lyon parce que c'est vraiment un club qui m'a tout appris. Moi aussi comme je l'ai dit je suis à la fois triste et content de quitter Lyon. Je vais quitter une famille ici. De toute façon, je vais les suivre et j'espère que Lyon va vite reprendre le Championnat et plusieurs Coupes. Auras-tu toujours dans la tête cette chanson qu'ils t'ont dédié ?
Oui c'est vrai que c'est une chanson une peu particulière. Même dans ma famille tout le monde la chante. Comme je l'ai dit, je les remercie mais maintenant je ne sais plus quoi dire. Je suis triste comme eux. Ce sont les supporters que j'apprécie vraiment.