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« L’Ajax reste un mythe »

Publié le 22 novembre 2011 à 09:00 par BV

Julien Escudé connait bien l’Ajax Amsterdam pour y avoir évolué entre juillet 2003 et janvier 2006. Le seul joueur français à avoir porté le maillot de l’Ajax raconte un club à l’histoire omniprésente et à l’amour du jeu inaltérable.

Vous avez quitté la France il y a 8 ans. Est-ce que vous continuez de suivre l’actualité du football français ?
Bien évidemment. Je continue de suivre avec plaisir le championnat de France. Je suis tout particulièrement le Stade Rennais, où j’ai commencé ma carrière professionnelle, où j’ai joué quatre saisons, mais également les Girondins de Bordeaux, mon club de cœur depuis que je suis tout petit. Je suis également les clubs français en Champions League en souhaitant qu’ils y brillent mais cela devient difficile parce que la profondeur de banc est aujourd’hui un élément important, qu’il est compliqué pour eux de garder leurs meilleurs jeunes, que l’expérience du plus haut niveau s’acquiert au fil des années et parce qu’il leur manque l’ambition, la certitude qu’un club français peut aller jusqu’au bout.

Vous voyez jouer le Real Madrid tous les week-ends. Qu’avez-vous
pensé de son double affrontement avec l’OL ?
Les Madrilènes marquent beaucoup de buts en ce moment (rires). Depuis le début de la saison, ils affichent un bon équilibre défensif, et ont, devant, un quatuor très performant. Cette saison, ils peuvent faire mal en championnat comme en Champions League, ils sont au-dessus de ce qu’ils faisaient auparavant. Concernant l’OL, je m’attendais tout de même à mieux, à ce qu’il puisse rivaliser.

Connaissez-vous personnellement certains joueurs lyonnais ?
Oui, j’ai été en équipe de France chez les jeunes avec Rémy Vercoutre. A Rennes, j’ai également un peu côtoyé Jimmy Briand. J’ai croisé Yoann Gourcuff avec l’équipe de France et Mahamadou Dabo qui a passé une saison à Séville. J’ai surtout connu Anthony Réveillère au Stade Rennais où l’on occupait les deux postes de latéraux, lui à droite et moi à gauche. On a également joué ensemble en équipe de France espoirs. On a eu un parcours à peu près similaire, sauf que j’ai passé les frontières pour m’aguerrir quand lui a rejoint l’Olympique Lyonnais qui était dans une forme exceptionnelle et sur une pente ascendante. Je suis admiratif de son parcours, de la reconnaissance qu’il a acquise sur la scène internationale, de sa constance au plus haut niveau. C’est une joie de le voir en forme… En forme à 32 ans, comme moi (rires).

  Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre l’Ajax Amsterdam à l’été 2003 ?
Parce que je sortais des championnats d’Europe espoirs et qu’il me fallait passer un palier en jouant une coupe européenne, et si possible la Champions League. En France, on ne me donnait pas cette opportunité. A l’étranger, il y avait peu de clubs sur les rangs. Cristian Chivu venait de quitter l’Ajax, et Ronald Koeman, l’entraîneur, cherchait un joueur au profil similaire. En rejoignant l’Ajax, je changeais d’objectif : alors que Rennes luttait souvent pour son maintien, l’Ajax jouait le titre chaque saison et participait régulièrement à la Champions League. Je rejoignais de plus un club formateur, entraîné par un ancien très grand défenseur. Pour moi, c’était donc un choix logique en regard des évolutions que je voulais donner à ma carrière.

Qu’avez-vous découvert en signant à l’Ajax ?
Premièrement, c’est Jari Litmanen qui m’a accueilli lors du stade de pré-saison : c’était un grand honneur pour moi. Très vite, il me fallut m’imprégner de la culture de l’Ajax, de son histoire, de sa philosophie de jeu. Depuis toujours, l’Ajax cherche à imposer son jeu, un jeu de passes, de mouvements, un jeu en triangle, rapide, porté vers l’avant, offensif. Ce sont des aspects techniques travaillés tous les jours à l’entraînement. Que ce soit les exercices tactiques ou les jeux, tout se fait avec le ballon en limitant le nombre de touches de balle : c’est trois touches maximum. On travaille beaucoup les deux pieds ainsi que le placement entre les lignes. L’Ajax prolonge la formation, mais au niveau professionnel. De plus, comme le championnat est moins fort, il permet de continuer de travailler tous ces aspects-là.

L’Ajax reste un mythe sur la scène mondiale, même si ça devient de plus en plus difficile, parce que les adversaires sont de mieux en mieux préparés, notamment tactiquement.

A quoi attribuez-vous la permanence de cette philosophie de jeu ?
Quand on arrive, on sent tout de suite la force et le poids de l’histoire. Il y a des photos de Johan Cruijff placardées partout, de Danny Blind, de Patrick Kluivert. Au stade, dans le vestiaire, on « respire Ajax ». Ca se traduit dans le jeu. De par son palmarès, sa renommée mondiale, son jeu mais également les jeunes qui en sont sortis, l’Ajax reste un mythe sur la scène mondiale, même si ça devient de plus en plus difficile, parce que les adversaires sont de mieux en mieux préparés, notamment tactiquement. Nous, on se retrouvait face à 10 joueurs placés en bloc devant leurs 16 mètres. Dans une moindre mesure, on retrouve un peu du jeu de Barcelone, l’objectif étant de trouver la solution par des successions de passes.

Que pensez-vous de l’effectif actuel de l’OL ?
L’OL a vécu de très, très belles années durant lesquelles il avait des exigences très élevées. Il a toujours de très bons joueurs, se doit d’être ambitieux, mais il ne faut pas non plus croire que tout est possible, que les saisons se suivent et se répètent. Ce n’est pas évident, les équipes sont désormais mieux préparées pour les jouer. Je suis heureux qu’un club comme l’OL ait pu faire preuve d’une telle stabilité au plus haut niveau, notamment sur la scène européenne. Je leur souhaite tout le meilleur pour la suite de la Ligue des Champions, même si je serai un peu plus pour l’Ajax, mardi. En tout cas, j’espère que l’OL ira le plus loin possible, parce que le football français en a besoin..

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