masculins / OL - ASSE

« Le derby… il fait partie de ma vie »

Publié le 29 octobre 2011 à 08:00 par R.B

Le préparateur physique Robert Duverne est intarissable sur le derby qu’il vit intensément depuis son enfance… Une réflexion sur ce match à part, sur les deux clubs… De l’émotion, de l’humour, du respect entre souvenirs et présents pour ce pur lyonnais… qui raconte…

« Déjà, il faut savoir que je suis un pur lyonnais. Un Lyonnais qui est allé vivre à 7 ans à la campagne dans le Nord Isère. Là bas j’étais entouré de supporters des Verts. Dans ma famille, mon père et moi, on supportait l’OL et mes frères, l’ASSE. Le derby, il fait partie, depuis toujours, de ma vie.

J’étais le supporter qui se faisait chambrer…

C’était la première date que je notais quand le calendrier était publié. Bien sûr qu’enfant mon père m’emmenait à Gerland pour voir ce match particulier.  A l’époque, l’ASSE était le grand club avec une grande équipe. L’OL était une équipe de coupe, de coups. L’OL était une équipe de Gones avec les Chiesa, Lacombe, Di Nallo…  Chez les Stéphanois, il n’y avait pas beaucoup de joueurs formés au club. On perdait plus souvent que l’on ne gagnait. On en a pris des raclées ! A cette époque, j’étais le supporter qui se faisait chambrer… On allait aussi à Geoffroy Guichard. Un jour, mon père a d’ailleurs refusé d’emmener dans la voiture mes frères… Tiens, pour moi, le vrai derby, il est à Geoffroy Guichard, dans ce chaudron où l’ambiance est quand même exceptionnelle. Il y a plus de frisson. Cela commence avec l’arrivée en car au milieu des supporters de l’ASSE…

J’ai changé mon habit de supporters qui perdait pour celui de vainqueur

Moi, le supporter de l’OL, j’ai accompli un rêve en venant travailler à l’OL. Et j’ai continué à vivre ces derbies. Même quand je n’étais pas au club, les années Tigana ou lors des deux dernières saisons de Claude Puel, je n’ai pas manqué ce match singulier qui suscite tant de propos, d’anecdotes, d’émotions… Soit je venais à Gerland, soit je regardais à la TV comme ce fut le cas lorsque je travaillais à Aston Villa. Je trouve d’ailleurs que le Derby, parce qu’il y en qu’un en France, a plus de classe que ceux en Angleterre. Il y a notamment moins de haine. Au fil de ma carrière, j’ai changé mon habit de supporters qui perdait pour celui de vainqueur. Tu ne peux pas savoir le bonheur que c’est, parce que tu n’as pas envie de te faire chambrer le lendemain… En gagnant, tu es tranquille et c’est toi qui chambre…Tu peux refaire le match avec gourmandise.

Je sentais dans le regard des Stéphanois qu’ils nous demandaient d’arrêter de jouer

Avec tous ces derbies, il y a des souvenirs comme celui où « Sid » marque le but de la victoire à Geoffroy Guichard ou encore cette tête de Christophe Delmotte… Là, c’est quelque chose. Tu es dans un état second. Je me souviens du coup franc de Karim (Benzema) ; je croyais vraiment que c’était perdu. Je me souviens aussi de notre victoire 3 à 1 avant le match contre l’AS Roma. Il y avait eu une interruption. Les deux équipes attendaient dans le couloir du tunnel. Je sentais dans le regard des Stéphanois qu’ils nous demandaient d’arrêter de jouer, car ils craignaient d’en prendre 6 ou 7. Je pense que Gérard Houllier a été l’entraîneur non lyonnais qui a le plus compris l’importance du derby pour les supporters. Il a compris que cela allait au-delà des 3 points. Il n’a pas cherché à le dédramatiser !

Le football français a besoin que l’ASSE retrouve une belle équipe

Certains affirment que ce Derby, c’est l’opposition de deux villes différentes. Moi, je ne suis pas d’accord. C’est l’affrontement de deux grands clubs, des supporters, des joueurs. Le derby se joue contre et avec. Il y a une interpénétration. Tout cela explique pourquoi j’ai du respect pour ce club de l’ASSE que j’ai supporté une seule fois dans ma vie lors de son épopée en Coupe d’Europe et cette finale perdue face au Bayern. L’ASSE est un grand club avec une superbe histoire. Il a des supporters d’une ferveur incroyable, certainement le meilleur public de France. Oui l’ASSE et l’OL sont deux grands clubs. Le football français a besoin que l’ASSE retrouve une belle équipe.

Le Derby, c’est aussi des banderoles, des chants, des mots…

Est-ce-que je suis le même pendant l’échauffement ? Les joueurs sentent que je suis différent, que je suis survolté sans que j’emploie des mots différents. C’est l’attitude. Et eux ils sont dedans sans que j’ai besoin de les « bouger ». Le Derby, c’est aussi des banderoles, des chants, des mots… Généralement, c’est marrant, plein d’humour. Je n’ai pas peur de dire que je n’apprécie que l’on manque de respect à l’encontre du camp adverse. Cela est arrivé et je trouve que cela ne correspond pas à l’esprit du derby…  Une conclusion ? Je suis invaincu à Geoffroy Guichard en 11 matchs (5 succès et 6 nuls). Si je faisais toute ma carrière sans perdre dans ce stade, ce serait vraiment le top ! Grand-père, ce serait génial de le raconter… ». 

Sur le même thème