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« Le Real est plus à l’aise à l’extérieur »

Publié le 02 novembre 2011 à 11:05 par BV

Alternant traits d’humour et souvenirs précis, Mahamadou Diarra, qui a porté les deux maillots (OL entre 2002 et 2006, Real Madrid entre 2006 et fin 2010), est revenu sur ses années merengues et a évoqué la rencontre de mercredi.

  Quel sentiment, la venue du Real Madrid à Lyon mercredi fait-elle remonter chez vous ?
Un sentiment de joie, de plaisir, surtout un sentiment de fierté, la fierté d’être un ancien joueur du Real. On a eu la chance d’être champion d’Espagne deux fois de suite (2007 et 2008), on a gagné la Super Coupe d’Espagne (2008), même si on était moyen en comparaison de l’équipe actuelle. Porter ce maillot est quelque chose de très prestigieux, tout joueur rêve de jouer un jour là-bas. J’ai eu la chance d’y passer cinq saisons même si je me suis blessé après deux saisons et demie ; j’en suis fier. Il faut y avoir été pour connaitre vraiment la grandeur de ce club.

Que ressentez-vous quand vous passez à l’été 2006 de l’OL au Real Madrid ?
La première des comparaisons a porté sur la ville. Non pas la grandeur, mais la passion des Madrilènes. 95% d’entre eux supportent le Real. C’est très étonnant par rapport à Lyon où c’est plutôt de l’ordre de 60%. A Madrid, tu peux croiser un couple de petits vieux de 75 ans, ils te reconnaîtront. J’ai connu l’OL lorsque le club était le numéro 1 en France en termes de titres, de prestige, d’organisation, mais lorsque je suis arrivé à Madrid, je me suis dit : « il y a encore plus grand que le grand ». Le centre d’entraînement, l’accueil, la presse : tout change. En voyant les critiques dans la presse, dès la première semaine, j’ai compris tout de suite. Si tu n’es pas prêt à endurer ça, tu retournes d’où tu viens. Là-bas, il faut être très costaud sur tous les plans.

Quel est votre meilleur souvenir avec le Real Madrid ?
Ma première saison et le titre de champion d’Espagne (2006 - 2007). J’ai eu la chance de marquer le but du titre contre Majorque à Santiago Bernabeu. C’est la meilleure saison que j’ai faite à Madrid. Avant la trêve, on était à 11 points du Barça, mais lors des 6 derniers mois, on n’a perdu qu’une fois, concédé un nul et gagné 17 matches. On avait un entraîneur très fort tactiquement, Fabio Capello, qui voyait tout à l’avance.

  Quelles sont les forces du Real Madrid 2011 – 2012 ?
Leur principale force est qu’ils jouent vraiment au foot. Ils sont très puissants et jouent très vite vers l’avant. On ne parle pas de la vitesse sans ballon mais de la vitesse avec laquelle le ballon part. Le ballon comme les joueurs vont vite, c’est donc très compliqué de contrer cette équipe. Ils ont les qualités suffisantes pour transformer une occasion adverse en occasion en leur faveur. Mais ce n’est pas une équipe de contres, ils peuvent construire s’ils le désirent. Ils ont également un banc très large qui permet à Mourinho d’obtenir de bons résultats quel que soit le joueur qu’il aligne. L’équipe est jeune et a l’avenir devant elle. Mais les socios (supporters) sont impatients et veulent tout, tout de suite. Ce qu’ils sont en train de montrer aujourd’hui n’est pas le fruit du hasard. Ils ont su construire, depuis deux trois ans, une équipe capable de se hisser au niveau de leur grand rival, Barcelone.

Quel est le joueur-clé de cette équipe, celui dont les Lyonnais devront se méfier en priorité ?
Pfff… C’est difficile à dire. Il y  en a tellement !... Je dirais le premier relanceur, Xabi (Alonso). Ainsi que Marcelo. Et même si Mourinho ne titularise pas Xabi Alonso, il mettra Las’ (Lassana Diarra) qui est en confiance, qui peut également te poser des problèmes. Quand cela arrive dans les 30 derniers mètres, la différence peut venir de la vivacité et des passes en profondeur de Ozil ou Kaka, de la vivacité de Cristiano (Ronaldo) ou Di Maria. Et puis il y a Karim (Benzema) ou Higuain qui sont là pour conclure.

Il faudra que le public soit continuellement derrière les siens parce que cela ne va pas être facile

Quel regard portez-vous sur l’évolution de Karim Benzema ?
Il a beaucoup changé, beaucoup muri. Il avait 17 ans quand je l’ai rencontré à Lyon. Même à Madrid, j’ai gardé un œil sur lui, sur Loïc Rémy, sur Anthony Mounier, sur Hatem (Ben Arfa). Quitter son pays natal pour rejoindre Madrid, le plus grand club du monde, où la critique est rude, où la concurrence est grande, où le public ne tolère rien, ce n’est pas facile pour un jeune joueur comme lui. Je lui ai alors dit que cela allait être compliqué, qu’il allait devoir s’accrocher et travailler. Avec Pellegrini, ce fut très dur. Il n’était pas en confiance, mentalement il n’était pas prêt. Physiquement, c’était difficile. Cette saison, il a très bien compris comment prendre cette équipe en main, comment procéder pour être prêt dans les grands rendez-vous, pour se hisser au niveau des autres. Il a montré pas mal de choses depuis le début de la saison, il doit en être fier. Mais il a encore beaucoup de choses à faire.

  Après la démonstration madrilène du match aller, pensez-vous que l’OL puisse remporter le match retour ?
Franchement, le match aller (il souffle, admiratif)… Il faudra que le public soit continuellement derrière les siens parce que cela ne va pas être facile. Les Madrilènes se sentent plus à l’aise à l’extérieur qu’à domicile. Cela a toujours été le cas. A Madrid, aucun joueur ne peut dire qu’il ne ressent pas la pression. A domicile, elle est forte. Il faut être très costaud mentalement pour enchainer 4, 5 ou 6 bons matches à Bernabeu, alors que certains joueurs peuvent faire des séries de 10, 15 bonnes prestations à l’extérieur. A l’extérieur, les joueurs se lâchent davantage, sont plus audacieux. C’est pourquoi je pense que ce sera très compliqué pour l’OL. Le Real a de plus trouvé un sacré rythme, ses joueurs sont très en confiance. Il faut y ajouter la perspective d’une qualification rapide pour les huitièmes de finale de la Champions League qui leur permettrait de gérer les gros matches de Liga qui vont suivre. Dans ces conditions, je pense qu’un match nul serait un bon résultat pour l’OL. Surtout,… (5 secondes) Il ne faut pas arroser la pelouse. (Rires) Comme le coup que l’OL nous avait fait il y a deux ans. Ils avaient laissé pousser la pelouse, c’était très difficile de jouer. Pour faire une passe, il fallait tirer fort. Ça peut les embêter. Mais en ce moment… la pelouse est magnifique (rires). Ca va être difficile, ou alors il faut mettre beaucoup d’engrais et pas d’eau.

Le Real Madrid et l’OL sont vos deux équipes de cœur. De quel coté celui-ci penchera-t-il mercredi ?
C’est difficile comme question. Parce que l’OL m’a apporté beaucoup de choses, m’a permis d’être connu du monde du football, je lui serai toujours reconnaissant. De l’autre coté, j’ai beaucoup d’anciens coéquipiers à Madrid, des joueurs avec lesquels je suis toujours en contact. Cette question, deux, trois joueurs du Real me l’ont déjà posée et m’ont dit : « on veut te voir en bas, dans le couloir et on va voir dans quel vestiaire tu vas entrer ». Dans ces conditions, mieux vaut que je reste à l’hôtel (rires). Ou alors, je passe 5 minutes dans l’un, puis je vais dans l’autre. Je suis un peu dans la m… Je crois que vais tirer au sort à 20h45 (rires).

Interview extraite de la TRIBUNE OL spécial "OL - REAL "

 

 

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