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L'OL, un exemple en Angleterre

Publié le 04 septembre 2009 à 17:14 par

L’OL érigé en modèle de réussite au long de 10 pages par une Angleterre, berceau du football, qui ironise sur son incapacité depuis 1966 à gagner une coupe du monde, c’est l’un des thèmes abordés par Simon Kuper et Stefan Szmanski dans leur ouvrage « Why England lose » (« Pourquoi l’Angleterre perd », Ed. Harper Sport, 2009, 344p.). Morceaux choisis :

"En 1987, l’Olympique Lyonnais (aussi appelé « OL » ou « les Gones ») jouait en deuxième division en France et son budget annuel ne dépassait pas 2 millions £. Il ressemblait à n’importe quel club d’une province profonde d’Europe. Aujourd’hui, le club domine le football français et clame haut et fort que sa victoire en Ligue des Champions n’est qu’une question de temps. (…) Aulas a commencé par faire progresser le club étape par étape. « Nous avons essayé de faire abstraction du facteur Temps », explique-t-il. « Chaque année, nous nous fixons comme objectif de progresser tant sur le plan sportif que sur le plan des ressources financières. C’est comme un cycliste sur son vélo : vous pouvez doubler ceux de devant ».
(…)
Aujourd’hui, l’Olympique lyonnais passe l’hiver en Ligue des Champions presque chaque saison, ce qui en fait l’un des 16 meilleurs clubs d’Europe. Aulas déclare que la victoire en Ligue des Champions n’est qu’une question de temps. « Nous savons que nous y parviendrons mais nous ne savons pas quand. Il s’agit d’une étape nécessaire pour développer le merchandising ».
La coupe aux grandes oreilles viendra sans doute couronner l’ascension la plus incroyable de l’histoire du football. Et c’est grâce au marché des transferts que l’ « eau minérale OL » d’Aulas existe. Lors de cette chaude après-midi d’hiver à Lyon, Aulas nous a confié : « Nous ferons de meilleurs investissements que Chelsea, Arsenal ou le Real Madrid. Nous ferons des choix stratégiques différents. Par exemple, nous n’essaierons pas d’avoir la meilleure équipe sur le papier en termes d’image de marque. Nous aurons la meilleure équipe par rapport à l’investissement que nous aurons réalisé ».

Voici les règles que Lyon applique sur le marché des transferts :

Exploiter la sagesse des foules.
Lorsque Lyon envisage de signer un joueur, un groupe d’hommes s’assoit autour d’une table pour discuter du transfert. Aulas est là avec Bernard Lacombe, ancien avant-centre offensif de l’équipe de Lyon et de l’équipe de France et, depuis plus de 20 ans, « directeur technique » du club. Lacombe est connu pour avoir la meilleure paire d’yeux du football français. Il a entraîné Lyon de 1997 à 2000, mais Aulas a vite compris que s’il souhaitait avoir quelqu’un avec son flair pour repérer le bon transfert, il devait le garder dans le club au chaud plutôt que de lui confier une fonction qui pouvait dépendre de quatre matchs perdus. Il en a été de même pour Peter Taylor au Forest.
L’entraîneur en chef officiant alors dans le club lyonnais assiste également à la réunion avec quatre ou cinq autres entraîneurs. « Nous avons un groupe qui donne son avis », explique Aulas. « En Angleterre, le directeur le fait souvent seul. En France, ce rôle incombe souvent au directeur technique ».
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La meilleure période pour acheter un joueur est lorsque ce joueur entre dans sa vingtième année.
Aulas déclare : « Nous achetons de jeunes joueurs avec un potentiel qui sont considérés comme les meilleurs de leur pays et qui sont âgés de 20 à 22 ans ».
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Lyon essaie toujours d’éviter de payer le prix fort pour le nom d’un ‘grand joueur’. Là encore, le club a la chance de se trouver dans une ville tranquille. Leurs supporters paisibles et les médias locaux ne demandent pas des stars. En revanche, l’ancien président d’un club d’une ville française beaucoup plus « bruyante » se souvient : « Je dirigeais [le club] avec pour mission de faire du spectacle. Il ne s’agissait pas de construire un projet pour les 20 années à venir ». L’équipe d’une grande ville a tendance à avoir besoin de grandes stars.
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Heureux est le club qui n’a pas besoin de héros. Lyon était libre d’acheter des jeunes joueurs inconnus comme Michael Essien ou Mahamadou Diarra simplement parce qu’ils étaient bons. Et les inconnus acceptent des salaires modestes. D’après le journal sportif français, L'Équipe, lors de la saison 2007-08, Lyon n’a dépensé que 31 pour cent de son budget en salaire de joueurs. La moyenne dans la Premier League anglaise représentait environ le double. Comme le Forest de Clough, Lyon réussit le tour de force de remporter des victoires sans payer des salaires incroyables.

Voici d’autres secrets de l’Olympique lyonnais :

Essayer de ne pas acheter des avant-centres.
L’avant-centre est le poste le plus surévalué sur le marché des transferts. (Le gardien de but est le plus sous-évalué même si les gardiens ont de plus longues carrières que les joueurs en poste sur le terrain). Il faut bien admettre que Lyon s’est « présenté » au monde du football en achetant l’avant-centre brésilien Sonny Anderson pour 12 millions £ en 1999, mais le club est devenu assez avare sur ce poste depuis. (ndlr : "Why England lose" a été édité avant les arrivées à l'OL de Lisandro Lopez et Bafétimbi Gomis).

Aider vos recrues étrangères à s’installer.
De grands Brésiliens sont passés par Lyon : Sonny Anderson, le capitaine actuel du club Cris, les futurs internationaux Juninho et Fred, et le champion du monde Edmilson. La plupart de ces joueurs étaient à peine connus au moment où ils ont rejoint le club. Aulas explique son secret : « Il y a dix ans, nous avons envoyé l’un de nos anciens joueurs, Marcelo, au Brésil. C’était un homme extraordinaire car il était à la fois ingénieur et joueur de football professionnel. Il a été capitaine de Lyon pendant cinq ans. Puis il est devenu agent mais il travaille quasi-exclusivement pour l’OL. Il nous fait part de toutes les opportunités de marché se présentant à nous ». En tant que juge des joueurs, Marcelo se place clairement dans la catégorie des Lacombe ou Peter Taylor.
Marcelo déclare qu’il ne recherche que des « garçons sérieux ». Ou comme le déclare l’ancien président d’un club français concurrent : « Ils ne choisissent pas les joueurs simplement pour leur qualité mais également pour leur capacité d’adaptation. Je ne voix pas Lyon recruter un Anelka ou un Ronaldinho ».
Quand Lyon engage des garçons sérieux, le club s’assure qu’ils s’installent. Drogba remarque avec envie : « À Lyon, un interprète prend soin des Brésiliens, les aide à trouver une maison et à s’orienter et essaie de réduire autant que possible les effets négatifs de la ‘délocalisation’…. Même dans un club comme Chelsea, ceci n’existait pas ».

Vendre n’importe quel joueur si un autre club propose un montant supérieur à la valeur de ce joueur
C’est ce que veut dire Aulas lorsqu’il dit « La vente et l’achat de joueurs ne permettent pas d’améliorer les performances footballistiques. Il s’agit d’une activité commerciale dans le cadre de laquelle nous générons une marge brute. Si une offre pour un joueur est bien supérieure à sa valeur de marché, il ne faut pas le garder ». Le fantôme de Peter Taylor serait d’accord.
(...)
Le club sait que tôt ou tard, ses meilleurs joueurs attireront l’attention de quelqu’un d’autre. Comme il prévoit de les vendre, il les remplace avant même qu’ils ne partent. Ceci évite une période de transition ou un achat panique après le départ du joueur. Aulas explique : « Nous remplacerons le joueur dans l’équipe six mois ou un an avant. De ce fait, lorsque Michael Essien s’en va [à Chelsea pour 24 millions £], nous avons déjà un certain nombre de joueurs qui sont prêts à le remplacer. Dès lors, quand l’opportunité d’acheter Tiago se présente pour 25 pour cent du prix d’Essien, vous le prenez »."