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Patrice Bergues... un homme de valeurs

Publié le 20 juillet 2005 à 08:35 par R.B

[IMG6314L]Il est arrivé en juin dernier, dans la foulée de son ami, Gérard Houllier.<br> C'est à l'occasion de cette Peace Cup que Richard nous emmène faire connaissance avec Patrice Bergues, l'adjoint, l'entraîneur, l'homme...

« J'avais tout connu dans le football. Je sortais d'une période personnelle très difficile relative à mon dernier poste au RC Lens. Cela m'a rendu sérieusement malade. Il fallait que j'évacue celle-ci ; que je comprenne que je ne pouvais pas changer le monde. J'ai souffert de ce divorce. Je pensais m'orienter vers le journalisme, radio ou écriture, pour continuer à suivre les grands événements sportifs. Je voulais être un témoin du sport. Etant professeur de gym, j'aime toutes les disciplines. Je souhaitais aussi m'engager dans des œuvres caritatives en considérant que moi j'avais eu beaucoup de chances dans ma vie. Il y a tellement de gens qui ne sont pas dans ce cas la… Et puis Gérard m'a appelé lorsqu'il a été nommé entraîneur de l'OL. Je lui ai demandé quelques jours de réflexion… finalement je lui ai dit oui un ¼ d'heure après avoir raccroché le téléphone. Je me suis demandé si j'avais les forces nécessaires pour y arriver ; j'étais un peu inquiet. Finalement, il me proposait de retrouver ce que j'avais le plus aimé en étant avec lui à Liverpool. La discussion avec le président Aulas m'a conforté dans ma décision. Ce club est organisé de façon méthodique, carré ; tout est en ordre. C'est ma façon d'être ». Patrice Bergues a décidé de redevenir ainsi l'adjoint de Gérard Houllier à l'OL.



Ce Nordiste de 57 ans dégage force et sensibilité ; rigueur, exigence et émotions ; sincérité, chaleur, loyauté; et le son de sa voix ajoute de la profondeur à ses propos. Pour lui les aventures humaines, les relations avec les autres, ce qu'il peut apporter à autrui seront toujours les moteurs de sa vie. « Si je suis dans la galerie des vies de certaines personnes comme certaines personnes le sont dans la mienne, c'est parfait. J'aime les gens qui se dévouent ; j'admirais Coluche et toutes ces personnes dont on ne parle jamais comme les aides-soignantes, les profs… J'ai envie d'écrire le livre de ma vie ; il est dans ma tête. Je ne veux pas le publier ; je veux juste que les gens, qui me connaissent, gardent une trace s'ils souhaitent le feuilleter. La vie est faite de rencontres qui te façonnent ».



Nous sommes loin du football ? Pas vraiment pour l'ancien joueur de Béthune ; l'ancien entraîneur des jeunes de Lens, de son Centre de Formation, de son équipe fanion ; l'ancien membre de la DTN ; l'ancien adjoint de Gérard Houllier à Liverpool. En fait, il entraîne depuis 1978. «Dans mon rôle d'adjoint, je n'ai pas à rendre compte des résultats auprès de la presse, des dirigeants. On partage bien sûr les résultats. Mais avant tout, tu es plus proche des joueurs ; ta façon de leur parler est différente ; on regarde les gars ; on fait attention aux jeunes, aux joueurs qui ont des soucis ; on essaie de sentir ce qu'ils pensent. Avec le but de les faire progresser dans tous les domaines. Je suis content quand je revois des garçons que j'ai connus au Centre de Formation de Lens et qui sont aujourd'hui des bons gars dans la vie. Ce côté humain est important. On essaie de trouver la façon d'y arriver, mais il n'y a pas une méthode, sinon tout le monde aurait les clefs. Pour moi, il faut aimer ses joueurs comme ses enfants. J'essaie de me mettre à leur place, de les comprendre, de les aider. Il ne faut pas revenir en arrière, mais rester toujours positif, tirer profit des erreurs. Un entraîneur peut se tromper et doit le savoir. J'ajoute cependant que l'on doit se remettre en cause sans broyer du noir, sans rajouter de la pression. Inutile de l'accentuer. On fait un métier fabuleux ne l'oublions ; on est privilégié. Donnons l'exemple ».



Il revient ensuite sur sa relation avec Gérard. « Nous nous sommes connus à 16 ans dans le même établissement scolaire où nous étions internes. Nous avons fait plein de choses ensemble. On s'est éloigné l'un de l'autre par période, puis retrouvé. Mais nous sommes toujours restés en contact. C'est un ami, presque un frère pour moi. Dans le boulot, il y a l'amitié bien sûr, mais aussi l'exigence et l'un des buts d'un adjoint c'est de dire les choses qu'il ressent. Notre relation accepte cela. Il y a une confiance réciproque.» On le sent très sensible, peut-être trop pour ce métier. « C'est marrant ce que tu dis. A Lens, j'avais un masque quand j'étais sur le banc. On me comparait à un pilote de Formule 1. Il a fallu que l'on parte tous ensemble en fin de saison en Martinique pour que les joueurs dont Laigle et Delmotte découvrent un autre homme. Mais quand tu as été loin dans l'optimisation d'un groupe et que tu constates que tu te rapproches trop affectivement de celui-ci, c'est peut-être le signe qu'il faut partir. Après cela dépend de ton mode de fonctionnement. Il suffit de regarder les différents comportements des entraîneurs ».



On n'oublie que le plus important dans le football, c'est de gagner, de progresser. Faire progresser un joueur? «Il y a plusieurs façons d'y arriver. A Liverpool, en arrivant, Owen était certes le meilleur buteur du championnat, mais il n'avait pas de pied gauche, ni de jeu de tête. Au début, il n'a pas compris qu'on veuille le faire bosser. Puis, il a accepté. En finale de la Cup, il inscrit le but victorieux du pied gauche. Il est venu se jeter dans mes bras en me disant : « tu as vu, je l'ai marqué avec cette foutue godasse gauche ». C'était une star et il a accepté de travailler ». Au fait comment se passe sa nouvelle vie ? J'ai été très bien accepté et très vite. Il y a un bon feeling. Le fonctionnement ne doit pas être très différent de celui des saisons avec Paul et Yves. On sent que c'est un staff complémentaire qui a un vécu. Je ne suis pas vraiment surpris par ce que j'ai découvert. Je suis content de voir de l'intérieur ce que je pensais de l'extérieur. Ce club est bien structuré avec un culture de la gagne. Le plus dur c'est de continuer, voire d'amplifier cette culture et donc les résultats.».



Sur son fonctionnement au quotidien dans le travail, il est très clair. «Déjà, il est différent du rôle de coach principal comme c'était le cas à Lens ou du travail à Liverpool au sein d'un nombreux staff. A l'OL, Robert s'occupe de la préparation physique ; avec Rémi on se partage la construction des séances en ayant discuté avec Gérard. Je sens qu'il y a une grosse application des gars dans le travail. Il faut s'habituer à gagner, à souffrir ; il faut rester concentrés ; être performants. Cela demande de la vigilance. On joue comme on s'entraîne. C'est pour cela que je demande par exemple aux joueurs d'être tout de suite dans l'entraînement. Il faut trouver les moyens de motiver le groupe tous les jours. Tu dois te creuser les méninges pour qu'ils ne lâchent pas ». Cela donne alors un entraînement réussi. « C'est l'efficacité avec le plaisir des joueurs en voyant leurs progrès. Depuis que je suis à Lyon, je suis impressionné par la qualité de leur écoute. Il faut les surprendre, ne pas les lasser, casser la routine, rester positif, ne pas heurter. Cela dépend du résultat du dernier match. La préparation d'une séance peut se faire presque automatiquement. Parfois, j'ai plus de mal. Il y a un menu à trouver. Gérard intervient rarement dans les séances. Il regarde. En ayant travaillé 3 ans ensemble, il sait comment je fonctionne. Ton expérience t'aide énormément. ».



Que pense-t-il de ce séjour en Corée ? « Il y a des avantages et des inconvénients. Mais il y a beaucoup plus d'avantages à être ici. Les inconvénients, on les connaît : la chaleur, les embouteillages, le manque de sommeil. Si on arrive à les balayer tous ensemble, le groupe sera plus fort dans la saison. Ici, on dispute des matchs de qualité avec de la compétitivité. On apprend à souffrir ensemble et on voit que l'on est capable de surmonter ensemble cette souffrance. Le groupe a emmagasiné de l'expérience ; et si l'on doit rentrer lundi soir pour rejouer mercredi à Auxerre, ce séjour en Corée nous aura servi pour surmonter une nouvelle difficulté. Jouons sans nous poser trop de questions ». Un mot sur le pays ? « Dans ce que j'en ai vu, il y a des buildings gigantesques, de l'eau, des ponts, un monde incroyable. Il semble y avoir une qualité de vie, mais est-elle présente partout? Cela me semble cependant trop robotisé. Sincèrement, je n'ai pas envie de revenir en Corée pour passer mes vacances ».



Quand on lui demande enfin de nous citer ses meilleurs souvenirs dans le football à ce jour Patrice nous parle du jour où le Lensois Marc-Vivien Foé vient le voir pour lui demander s'il allait jouer le prochain match. « Il n'était pas bien dans sa vie et donc dans son football. Il n'était plus titulaire. Il insiste pour savoir s'il débutera la rencontre. Il promet qu'il marquera un but et qu'il sera bon. Je n'avais pas prévu de le mettre dans le onze de départ. J'ai décidé de changer ma décision et de le faire commencer. Au bout de 20 minutes, il avait marqué et il a été très bon… » Cette anecdote correspond aux valeurs dont parle Patrice. « Mes souvenirs marquants se sont les aventures humaines, les relations privilégiées, les aides que l'on peut apporter à quelqu'un en difficulté ». Et si l'on pense que chez lui c'est évident le Nord, il répond : « Chez moi ? C'est l'endroit où se trouvent les gens que j'aime. La vie il faut en profiter. Mon problème récent m'a appris à relativiser, à trouver mon équilibre ».



R.B