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Paul Le Guen

Publié le 09 janvier 2004 à 18:31

PAUL LE GUEN : l'authentique...



A son palmarès de joueur ( Coupe des Coupes en 96, finaliste de la Coupe des Coupes en 97, champion de France 94, Coupe de France 93-95 et 98 et Coupe de la Ligue en 95 et 98), le natif de Pencran, dans le Finistère inaugure son CV d'entraîneur : « Je ressens ce titre d'une autre manière, commente-t-il avec un peu de recul. Car quand on est entraîneur, on passe par tous les états et il faut modérer ses propos ».



L'ex-joueur de Brest (83 à 89), Nantes (89 à 91) et du PSG (91 à 98), qui totalise 478 matches professionnels pour 23 buts et 55 rencontres européennes pour 5 buts et international français à 17 reprises n'apprécie guère d'ailleurs que l'on retrace avec lui sa carrière. « Le passé, c'est le passé et je préfère regarder devant » confie-t-il calmement.



Pourtant, au moment de la nomination de « PLG », douze mois auparavant –à un jour près- beaucoup s'interrogent sur ses capacités à mener un groupe de haut niveau, lui qui, après une saison blanche, avait étrenné ses galons de coach à Rennes entre 1998 et 2001.

Avec le club breton, il avait honorablement terminé le premier exercice (5è me ) avant de poursuivre par un 13è me puis 6è me rang, au cours des deux dernières saisons : « Je suis agacé par les gens qui disent que c'est délicat de passer de joueur à entraîneur. Regardez Mathias Sammer à Dortmund. Il faut simplement avoir réfléchi avant d'arrêter. »



Car tout petit déjà, il se voit « coach » : Paul Le Guen a à peine 23 ans, qu'il pense déjà à ce métier : « Quand j'ai terminé mon service militaire, explique-t-il, j'ai consacré une bonne partie de mon été à préparer le diplôme. J'étais prêt à exercer ce métier à 32 ans. J'avais largement anticipé et je n'ai jamais regretté. C'était une démarche très réfléchie. »

Au moment de prend en main l'équipe, Paul Le Guen possède un atout maître dans sa manche : Jean-Michel Aulas voulait déjà l'engager, en 97, en tant que joueur. Fort de ce soutien non négligeable « L'OL a besoin de sa jeunesse, de son dynamisme et de sa crédibilité dans sa quête de l'Europe » dixit Aulas, le Breton fait le dos rond lorsque les résultats ne sont pas à la hauteur des ambitions du président: « J'espère être respecté parce que je suis respectable », répond-t-il, comme pour marquer son territoire.



L'axe fort Jean Michel Aulas – Paul Le Guen est sûrement d'ailleurs l'une des clefs de la réussite 2003 : « Le soir de match ou le lendemain, je discute avec le Président, explique-t-il au cœur de l'année. Et quand cela s'est mal passé, il m'encourage à tenir bon. Il ne me rabroue pas. Il me voit travailler. C'est lui qui juge », conclut-il.

Le Président le lui rend bien quand à la trêve, et malgré des vents de travers, il répète : « Paul Le Guen a toutes les qualités pour devenir le Arsène Wenger –le manager d'Arsenal- de l'OL ».



Voulant protéger absolument son groupe, l'ex libéro du PSG limite donc ses apparitions publiques et ses points presse à un briefing les veille s et soir s de matchs. Le reste du temps, il vous salue poliment mais furtivement.

« La distance est une force. Il faut avoir la passion parce qu'elle est naturelle. Mais, je le répète, il faut aussi savoir conserver de la distance. » renchérit PLG.

Surtout par rapport aux événements : quand Lyon, avec la manière, gagne à l'Inter de Milan en octobre, il reste sobre : « c'est un match intéressant pour la suite. »

Une seule fois, il s'emporte, à l'issue de l'humiliante élimination en Coupe de France face à Libourne (CFA soit la 4è me division) :

«C'est que peut-être l'équipe est surestimée » lâche-t-il sur le moment.

Il n'en dira pas plus à l'époque : « J'en ai discuté avec les joueurs, mais cela reste entre nous. L'entraîneur est un passionné et il voudrait que ceux qui travaillent avec lui partagent cette passion. »



Posé et calme, Paul Le Guen a petit à petit imposé sa griffe. Et paradoxalement, le creux de l'hiver, quand l'OL perdait un à un ses objectifs, lui a permis de véritablement prendre les rênes du groupe.

Ainsi, en procédant à des choix courageux, le onze lyonnais a trouvé son équilibre et son rythme de champion. « Ai-je progressé ? je n'espère pas, sinon, cela voudrait dire que je n'étais pas bon avant », lâche-t-il en pouffant de rire. Et il revient à l'essentiel: "Forcément, c'est logique de progresser ! On apprend sans cesse." Ce qui en dit long sur sa fierté d'avoir réalisé ce qu'aucun entraîneur n'avait réussi depuis 1992 . Sa façon à lui de rentrer dans la cour des grands.



Et il en rajoute : « Si je reste dans la mémoire des gens comme quelqu'un ayant la langue de bois, cela ne me dérange aucunement », aime à dire celui qui avait appris d'un de ses entraîneurs, « comment parler pour ne rien dire. » Tout un programme ! Mais il se reprend vite : « Mais vous savez, le foot, c'est tellement une question d'équilibre que tout peut nous échapper très vite …. »