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Paul Le Guen et les jeunes

Publié le 20 août 2004 à 09:04 par R.B.

[IMG2814L]<b>Hatem Ben Arfa </b>vient de signer à 17 ans et 5 mois son premier contrat professionnel. En le lançant dans le grand bain contre Nice le 6 août 2004, l'entraîneur lyonnais <b>Paul Le Guen </b> a agi de la même façon qu'il l'avait fait avec 9 autres olympiens depuis qu'il a la charge du groupe professionnel A Rennes, en 3 saisons, 9 jeunes avaient aussi débuté sous ses ordres. Ces constats relevés, il était intéressant d'échanger quelques réflexions avec<b> Paul Le Guen </b>sur le sujet des jeunes, de leurs premiers pas au plus haut niveau....

Hatem Ben Arfa vient de signer à 17 ans et 5 mois son premier contrat professionnel. Ce gaucher dont tout le monde vante déjà les qualités vraiment peu ordinaires a joué les 2 premières rencontres de championnat avec l'OL. Certes, pas 180 minutes ; juste 47 minutes au total. En le lançant dans le grand bain contre Nice le 6 août 2004, l'entraîneur lyonnais Paul Le Guen a agi de la même façon qu'il l'avait fait avec 9 autres olympiens depuis qu'il a la charge du groupe professionnel : Puydebois, Sartre, Gomez, Clément, Balmont, Berthod, Touré Demba, Viale, Montoya.



En un peu plus de 2 saisons, il a donc mis le pied à l'étrier à 10 joueurs. Mis à part Berthod et Balmont, les autres ne sont pas encore complètement immergés régulièrement dans les matches officiels. Pour mémoire, Berthod a disputé 26 rencontres pour sa première saison ; Balmont 9 seulement. 10 joueurs à l'OL, mais déjà quelques uns aussi du côté de Rennes de 1998 à 2001 : Malicki, Danic, Yapi, Fernandes, M. N'Diaye ; Meslin, Chapuis, Citony, Escudé. Là aussi, certains éléments se sont « installés » plus rapidement que d'autres dans une saison; Chapuis, 32 matches ; Escudé, 21 matches et Fernandes 15.



Ces constats relevés, il était intéressant d'échanger quelques réflexions avec Paul Le Guen sur le sujet des jeunes, de leurs premiers pas au plus haut niveau. Et de savoir comment, lui, il vivait cela.



Paul, comment expliquez-vous que vous ayez lancé dans le grand bain tous ces jeunes ?



« C'est un mélange de circonstances et de vrais choix. Sachez que je ne me suis jamais forcé. C'était tout simplement opportun de le faire et non une question de jeunisme. Ces garçons arrivaient à maturité. A Lyon, j'aimerais sincèrement que certains s'imposent vraiment ; un peu à l'image de Berthod. Comment cela se passe-t-il ? Parfois, on prédit un grand avenir à un joueur et puis, la prévision ne correspond pas tout à fait à la réalité. Pour d'autres, ils y arrivent, mais cela prend plus de temps. C'est toujours difficile de prévoir un profil de carrière. Tenez, je repense à Fernandes (Rennes, Marseille, Southampton…). Ce garçon avait aligné pour ses débuts plus d'une vingtaine de matches d'affilée de très grande qualité. Il était absolument incroyable. Quel talent ! ».



Gardez-vous un regard particulier sur les jeunes que vous avez lancés ?



« Bien sûr. Je suis toujours en contact avec certains. Lorsque nous avons joué à Nice, j'ai longuement discuté avec Meslin. Il y a, et je ne peux le nier, une part d'affection envers eux. Je crois qu'il y a aussi un sentiment de fierté de les avoir lancés et par la suite de ne pas s'être trompé à leur propos. Mais l'affectif ne doit jamais prendre le pas sur les considérations techniques, tactiques, physiques. J'avoue que par le passé, j'avais du mal à ne pas me laisser « emporter » par ce côté affectif. Avec l'expérience, cela va mieux. C'est vrai qu'avec ces garçons là, il y a un côté rassurant… parce qu'on les connaît mieux que les autres joueurs ».



Et les joueurs ont-ils un regard particulier avec vous ?



« Je le pense. Moi en tout cas, je n'ai jamais été déçu par eux. Et puis j'aime bien comme ils sont. Je pense par exemple à Escudé, à Berthod. Jérémy, comment dirais-je, il fait partie de mon bonheur. Ces garçons sont forts dans leur tête ; ils sont sereins. Est-ce plus facile de travailler avec eux ? La relation est forcément différente de celle que l'on a avec un joueur exp�rimenté. On apporte plus aux jeunes ; ils sont plus perfectibles ; on les voit évoluer ».



Auriez-vous pu vous occuper d'un Centre de Formation ?



« Au départ de ma carrière d'entraîneur, non. Je ne le pense pas. Je me suis tourné très vite vers les professionnels. Je n'étais pas attiré par un Centre de Formation. Mon explication est simple : j'avais l'impression que la meilleure façon de prolonger ma carrière professionnelle était de m'occuper d'une équipe de haut niveau. Je crois que je n'aurais pas été bon dans un rôle de formateur dans un premier temps. J'aurais été tenté (Paul le dit en rigolant) par la place de l'entraîneur des pros».



Avez-vous constaté des différences entre votre jeunesse à vous et celle actuelle ?



« C'est difficile de comparer. Mon cas fut un peu particulier. Je ne suis passé par un centre de formation. Mais la grosse différence, c'est l'histoire des contrats. Tout a changé dans ce domaine. Moi, j'ai été « coincé » pendant 4 ans. J'avais signé mon premier contrat pro à 21 ans et je suis parti de Brest à 25. Aujourd'hui, on voit ce qui se passe par exemple avec Ben Arfa. Je peux vous garantir que nous, nous étions au bas de l'échelle pour notre premier contrat. Aujourd'hui, c'est mieux pour les jeunes. Autrement en terme de football, cela n'a pas beaucoup changé. Il n'y a pas eu de grosses évolutions. Enfin la médiatisation a bousculé beaucoup de choses. A mon époque, nos matches étaient un peu télévisés. Là, ils le sont tous d'une façon ou d'une autre. L'exposition est donc forcément différente».



Paul Le Guen a débuté chez les professionnels à Brest en 84-85. Son premier entraîneur fut Robert Dewilder, puis il connut Kéruzoré, Maligorne, Muslin, pour sa période brestoise ;Blazevic et Suaudeau du côté de Nantes ; et Arthur Jorge, Fernandez, Ricardo au PSG.



A-t-il gardé des relations avec son tout premier entraîneur Robert Dewilder ?



« Oui, Je lui serais toujours reconnaissant. J'ai une affection particulière pour lui. Je crois que j'ai eu de la chance. Robert était arrivé à la fin de la saison 83-84 et il était venu voir jouer l'équipe CFA de Brest où j'évoluais. Ce jour là nous avons gagné 7 à 2 ; j'ai marqué 3 buts. Lors de la reprise, je me suis entraîné avec les pros et dès le troisième match, j'intégrais le groupe pour ne plus le quitter. Nous nous voyons de temps en temps et en plus c'est le beau-père de mon ancien partenaire Vincent Guerin » Pour sa première saison, Paul disputera 33 matches. Sa carrière était définitivement lancée.



Paul, pour finir, la relation avec l'entraîneur compte-t-elle ?



« Elle compte forcément ; l'entraîneur, c'est l'œil ; le décideur. Le joueur, lui, joue ou ne joue pas. En tant qu'entraîneur, j'ai donc une responsabilité. Les joueurs font un métier, ne l'oublions pas. J'essaie de garder ma personnalité, mais je mentirais en disant que certains de mes entraîneurs ne m'ont pas marqué dans un sens comme dans l'autre; et j'essaie aujourd'hui d'éviter des comportements que je réprouvais à l'époque ».



R.B.









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