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« Un surcroît de passion, de tension, de pression »

Publié le 28 avril 2013 à 08:00 par BV

Romarin Billong a porté les deux maillots, lyonnais et stéphanois. Aujourd’hui dans la finance, il intervient comme consultant pour L’EQUIPE 21. Il nous parle du caractère si particulier du derby, évoque ses derbies marquants et analyse les forces en présence.

Quel regard portez-vous sur le championnat de Ligue 1 ?
Le championnat possède aujourd’hui une locomotive qui est devant au classement mais également financièrement parlant, le PSG. Une situation renforcée par le fait que pas mal de clubs souffrent aujourd’hui financièrement, sont soit en déficit soit serrent les vis pour être à l’équilibre. Dans ce contexte, le PSG est l’arbre qui cache la forêt, mais également la locomotive de notre championnat. Derrière, il y a plusieurs championnats, vers le haut et vers le bas. Par rapport aux autres championnats européens, je pense enfin que le championnat a baissé en termes de qualité. On voit notamment qu’il y a un vrai décrochage au niveau des résultats depuis les grandes années de l’OL, lorsque celui-ci arrivait régulièrement en quarts de finale de la Champions League. Aujourd’hui, les clubs français peinent à sortir des poules, à se hisser en quarts, que ce soit en Champions League ou en Europa League.

Vous avez porté les maillots lyonnais et stéphanois. Que pensez-vous du derby ?
J’ai porté les deux maillots mais je n’ai jamais disputé un seul derby avec Saint-Etienne. J’ai seulement joué une fois un match amical contre l’OL avec Saint-Etienne. Sinon, au moment de disputer le derby avec Saint-Etienne, j’ai été soit blessé, soit sur la feuille, soit non retenu par l’entraîneur. Et à Gerland, je n’étais pas entré en jeu.

Il y a dans ce match une rivalité comme notre championnat en recèle peu (...) C’est évidemment un match qui se prépare différemment des autres. »

Est-ce un regret ?
J’aurais aimé en faire au moins un avec Saint-Etienne pour voir ce que cela fait, mais je ne peux pas dire que ce soit un regret, je suis lyonnais, cela ne me pose donc aucun problème. (rires) Mais, j’ai vécu le derby des deux côtés et je confirme que c’est un match à part. Il y a dans ce match une rivalité comme notre championnat en recèle peu. Bien que les joueurs soient, à mon avis, au-dessus de ces considérations, ce match cristallise un certain nombre de passions, de tensions qu’ils ressentent. Il y a alors un surcroît de passion, de tension, de pression. C’est évidemment un match qui se prépare différemment des autres.

La préparation stéphanoise a été marquée par le succès en Coupe de la Ligue et la liesse qui s’ensuivit. Cela constitue-t-il à vos yeux une bonne préparation ?
Je pense que c’est une bonne chose que Saint-Etienne ait gagné la Coupe de la Ligue, comme ça on aura un gros match à Gerland entre deux équipes dans une bonne dynamique. On se nourrit toujours des événements positifs, mentalement ce genre de succès, cela régénère. A côté de ça, les Stéphanois ont dépensé énormément d’énergie physique et mentale. De plus, à chaque fois que les Verts ont eu de bonnes périodes, de bonnes séries, avant les gros matches à domicile contre l’OL (0 – 1) ou le PSG (2 – 2), ils ont été moins performants par la suite, ils gèrent mal ces périodes d’embellie.

Quel souvenir de derby vous reste en mémoire ?
J’en ai deux qui me reviennent à l’esprit. Le premier, c’est lorsque l’on gagne à Saint-Etienne avec un but de Rémi Garde (1 – 2, saison 1991 – 1992). Cela avait été collectivement un de nos plus grands matches, avec de la cohésion, de l’engagement, de l’agressivité positive, du jeu vers l’avant. Ce soir-là, on ne s’était pas posé beaucoup de questions du fait d’aller jouer à Saint-Etienne, on avait transformé toute la pression en quelque chose de positif. L’autre derby dont je me souviens tout particulièrement, c’est un derby à Gerland, à un moment où je revenais de blessure, et j’avais pas mal de pression. J’avais bien géré cette pression, j’avais fait un bon match et l’on avait gagné (1 – 0, saison 1993 – 1994).

Je trouve que les Stéphanois ont été très bons dans le jeu cette saison. Ils ont mal géré leurs grands moments d’embellie, mais en termes de jeu, je les ai trouvés bien

Vous avez évolué avec Rémi Garde. Qu’est-ce que cela vous fait de le voir aujourd’hui entraîneur de l’OL ?
Cela ne me surprend pas du tout. Il fait partie de ces joueurs qui avaient déjà une réflexion et un recul sur les choses. J’étais persuadé qu’un jour où l’autre, il allait passer de l’autre côté soit en tant qu’entraîneur, soit en tant que directeur sportif. Ce n’est en rien une surprise à mes yeux.

Comment voyez-vous le match de dimanche ?
Je trouve que les Stéphanois ont été très bons dans le jeu cette saison. Ils ont mal géré leurs grands moments d’embellie, mais en termes de jeu, je les ai trouvés bien, jouant vers l’avant, collectivement impliqués. On sentait à la fois du travail, mais également de l’enthousiasme. De notre côté, côté lyonnais, ce fut plus décousu, un peu plus intermittent. On a parfois fait des bons matches avant de s’en remettre à des exploits individuels. Je trouve qu’il y a moins d’implication depuis la trêve. Je pense que l’on est favori : on évolue à domicile, on a un peu plus de pression, on possède les joueurs qu’il faut. Même si l’on n’a pas gagné la Coupe de la Ligue la semaine dernière, on doit gagner ce match.

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