masculins / Reprise du championnat J-9

Eric Abidal: "Pendant 90 minutes, je vais au charbon"

Publié le 28 juillet 2004 à 08:48 par R.B.

Apparemment, il n'est pas du genre à se prendre la tête. Ce Lyonnais d'origine va enfin porter les couleurs de l'OL avec l'envie de progresser, tout en se disant qu'il faut toujours tout donner sur un terrain sans jamais se relâcher. Avec lui, les Olympiens ont mis un guerrier dans leur moteur...

La Duchère, Monaco, Lille… l'OL. Ce Lyonnais, d'origine martiniquaise né dans le 3eme arrondissement de la capitale des Gaules un 11 septembre 1979, revient « chez lui » après 84 matches de Ligue 1, dont le premier fut un certain Monaco – Toulouse du 16 septembre 2000 (succès3 à 0) et une rencontre de Coupe d'Europe avec Monaco.

Etudes d'architecture et de décoration en bâtiment, certes… mais au final des crampons aux pieds pour assouvir une passion de gamin. Ce grand gaillard, 186cm, longiligne a toujours eu la bougeotte. A l'école, il dansait sur les tables. A la maison, il semait le bazar ; les balles de tennis, à défaut de ballon rond, il les cognait avec ses chaussures. Un père footeux en Martinique, puis champion de pétanque ; un grand frère, basketteur à la CRO ; un petite soeur de 11 ans et une maman passionnée de chant. Eric n'engendre pas la mélancolie tout en s'adaptant aux situations de la vie, mais on croit volontiers ce gaucher lorsqu'il déclare : « Dans la vie, il faut s'éclater… ». Rapide, élégant, aérien, intransigeant sur le pré, l'ancien lillois sait aussi s'expliquer devant un micro… L'OL a mis assuremment un guerrier dans son moteur.



Eric, comment cela se passe dans ton nouveau club ?

« Bien. Je regarde. J'écoute. J'observe. Il y a des chambreurs, des chambrés ; j'essaie de voir avec qui je peux plaisanter. Venir à l'OL en étant plus jeune aurait été, peut-être, plus facile. Là, j'arrive dans un club qui a déjà été 3 fois champion de France. C'est moins évident. On pense à plein de choses. De l'extérieur, on se fait des idées et après de l'intérieur, tout est différent ».



Tes origines lyonnaises peuvent-elles expliquer ton choix de jouer à l'OL ?

« Non pas vraiment. Avoir sa famille à côté, c'est un avantage et un inconvénient. A Monaco, � Lille, elle n'était pas là. Cà c'est plutôt bien passé. Je n'aurais pas de pression supplémentaire. Je sais simplement qu'elle sera présente à Gerland, un stade que je fréquentais lorsque j'étais gamin. J'allais dans le virage Sud, parce qu'au Nord, tu ne voyais pas beaucoup le match. Mais honnêtement, je n'assistais pas à toutes les rencontres. A l'OL, je vais progresser, parce que je fréquente des grands joueurs comme les Brésiliens. Ils sont forts et malins ces gars là. L'entraînement, la Ligue des Champions, tout cela te fait avancer ».



Est-ce que tu te considères comme un joueur expérimenté ?

« Je suis jeune. De toute façon, je resterais toujours jeune. En fait, je ne savais même pas que j'avais disputé 84 matches de Ligue 1. Quand j'aurais disputé 84 matches de haut niveau, ce sera déjà une autre histoire… ».



[IMG32274#W]Comment es-tu sur un terrain ?

« Je donne tout. Je hais prendre des buts. C'est l'horreur, surtout si je suis fautif. Mais je ne lâche rien. Il me reste beaucoup à apprendre. J'essaie de jouer propre. Je prends exemple sur les grands joueurs. Je ne suis jamais battu. Pour s'imposer, il faut parfois montrer que tu existes. Je ne suis pas un mec qui met des coups, mais 2 ou 3 paroles à l'adresse des attaquants peuvent faire plus d'effet. Alors, oui, je suis capable de les intimider du style : ce soir, ce n'est pas la peine de bouger, sinon… Pendant 90 minutes, je vais au charbon ; c'est la guerre même si j'affronte des copains. Avant on plaisante ; après aussi ; pendant, pas de cadeau ! ».



La comparaison avec Lilian Thuram ?

« On me l'a souvent dit. Je suis fier d'être comparé à lui. Mais j'ai ma personnalité. J'aimerais cependant faire sa carrière. C'est tout simplement le numéro un ; un véritable exemple. Un footballeur a des points forts et des points faibles. Il faut toujours travailler les deux. Il faut bosser au quotidien. Et en match, jamais te dire que tout se passe bien. Ton attaquant, tu le tiens … et puis sur une action il t'échappe. Il ne faut jamais s'installer dans le confort. Alors quand on me demande si je crains un gars plus qu'un autre, je réponds : ils peuvent tous te faire des misères ; entre le défenseur et l'attaquant, c'est toujours du 50/50 ».



Quel est ton poste préféré ?

« On a toujours une préférence, mais l'essentiel, c'est de servir le collectif. Je m'adapte. Alors dans l'axe, à gauche, au milieu… peu importe. Gamin, je jouais même devant. Je crois (il rigole) que j'ai perdu l'instinct du buteur, quand je vois les occasions que j'ai eues et que je n'ai pas encore mises chez les pros… sauf une fois à mon propre gardien ! ».



Pour finir, tu sembles déjà bien en jambes ?

« Je ne suis pas encore au top. J'avais un peu bossé pendant mes vacances. Vraiment, j'ai encore de la marge ».



Et la Martinique ?

« Mes parents sont nés là bas. J'apprécie. Après 6 ans sans visite, j'y suis allé l'année dernière avec ma femme. Il faudra que je fasse découvrir bientôt cette île à ma petite ».



R.B.