masculins / Reprise du championnat J-7

Juninho "Besoin de me sentir important..."

Publié le 30 juillet 2004 à 10:50 par R.B.

Jeudi 29 juillet ; un quartier d'Yverdon nommé Chamblon. La Suisse affiche sa propreté, sa quiétude, son accent. Sur la pelouse d'un joli stade, aux tribunes en forme de champs à perte de vue, planqué en contre bas d'une petite route sans voiture, les Lyonnais courent, trottinent, marchent presque pour certains. Quelqu'un balance en direction de Cacapa : « attention Claudio, à cette vitesse, tu vas tomber… ». La bonne humeur est au rendez-vous.

Direction ensuite les étirements avant de passer au tennis ballon. Dans une cage, les gardiens Puydebois et Hartock s'envoient en l'air en grimaçant. Joël Bats n'est pas très loin ! Diarra est parti dans la campagne travailler son souffle avec notamment Paul Le Guen pour partenaire de suée. Jeudi 29 juillet, lendemain de match synonyme de récupération. A Thonon, la veille les Champions de France ont quitté Anderlecht, le champion de Belgique sur un score de parité : 1 à 1. Un match riche d'enseignements, même si l'actualité lyonnaise était plus en coulisses, avec les départs annoncés d'Edmilson et de Luyindula. que sur le terrain haut-savoyard.



Juninho, bouteille d'eau à la main, vient d'en finir avec les étirements. Contre les Belges, en 45 minutes, il a mouillé le maillot, mélange de bleu de chauffe et d'habit de lumière. Il passe tranquillement le long de la main courante ; s'arrête. 20 minutes plus tard, il s'en va signer des autographes. Il n'y a plus qu'à faire le papier... de ce moment de "bonheur dans le pré" qu'il a conclu d'un vanne sur les gardiens de but: "tu sais ce que l'on dit au Brésil? Pour être gardien de but, il faut soit être un fou... soit être un pé.."



Que penses-tu de l'actualité lyonnaise?

« Edmi et Peguy étaient des joueurs importants. Ils partent, c'est la vie du foot. Le président Aulas va faire ce qu'il faut. Pour Edmi, il réalise un rêve. Aller au Barca, pour un Brésilien, c'est une super opportunité. Il va en profiter tout en apportant à ce club toutes ses qualités. Je souhaite qu'il gagne beaucoup de trophées. Peguy, c'est bien évidemment un grosse perte, surtout après la saison qu'il vient de faire. Marseille avec son recrutement va être le favori logique pour le titre de champion de France. Pour l'OL, il faut attendre, on verra en septembre. Pour l'instant, les comparaisons sont difficiles à établir. Commençons bien la saison… ».



Ces départs ne te donnent-il pas envie de partir ?

« Chacun son boulot ; chacun sa carrière. J'ai encore deux ans de contrat avec l'OL. Je suis prêt à rester ici. On verra ensuite. Tu sais, il y a quelque chose de très important pour moi : participer à la prochaine Coupe du Monde. Avant, je n'étais pas retenu ou je jouais très peu. Depuis quelques matches, je suis titulaire. Je veux garder ma place ; pas question de la céder. Pour un Brésilien, la Selecao, c'est une consécration . Les gens en Europe n'imaginent pas vraiment la concurrence qu'il y a chez nous. Pour preuve, le Brésil vient de remporter la Copa America sans la majorité de ses titulaires ! L'OL a fait un bon choix avec les signatures d'Abidal, de Frau. Attendons pour le remplacement d'Edmi. Je ne connais pas tous les Brésiliens dont on parle. Tu sais, l'OL avec ses Brésiliens a eu, pour l'instant, de la chance. Parce que nous, nous n'avons pas eu de problèmes d'acclimatation. Et quand tu fais signer un compatriote, tu dois aussi t'informer de sa mentalité ».



[IMG32299#W]Revenons au Juninho de l'OL ?

« Ca va. Contre Anderlecht, cela s'est bien passé. Paul aura plusieurs possibilités au milieu avec Diarra, Essien, Balmont. Florent il a progressé ; il va nous apporter tout comme Malouda. Moi, j'aime bien ma position sur le terrain. Il faut que je touche le ballon, que je donne du rythme, que je fasse la différence de temps en temps. Quand je suis arrivé à Lyon, je jouais sur les côtés. C'était la première fois de ma carrière. L'année dernière, j'ai reculé dans l'axe ; c'est mon poste. Plus haut derrière le 9 ? Non. Je ne suis pas assez vif ; je n'ai pas le coup de rein nécessaire. Tu sais, quand le coach te fait confiance, tu te sens plus fort. Et moi, j'ai besoin de me sentir important. Parfois, même, je prends les choses trop à cœur ».



Les ambitions cette saison ?

« Bien commencer la saison en essayant de remporter le Trophée des Champions ; puis il y aura le championnat, la Ligue des Champions où il serait bien de franchir une fois encore la première phase. Je commence ma quatrième saison à l'OL. J'ai déjà plein de souvenirs et des titres. Mais tu vois, le dernier titre de champion de France m'a fait le plus plaisir, parce que l'ambiance dans le groupe était vraiment exceptionnelle. Le foot est constitué d'individualités, mais, c'est toujours le collectif qui est le plus important ».



Toi, le technicien, un mot sur Hatem Benarfa ?

« Les jeunes sont bons, mais lui, il est au dessus. S'il continue de bien travailler, attention. Il n'a pas la grosse tête ; il respecte ses aînés A mes yeux, il est déjà prêt pour jouer cette saison. Combien de matches ? Je ne sais pas. Il a une technique incroyable. Il va vite avec le ballon ; il est intelligent ; il dribble, il passe. Je suis persuadé qu'il peut faire déjà faire basculer certaines rencontres… »



« Juni », cheveux dans les yeux, salue comme il le fait souvent pouce levé. L'après-midi, il ira prendre soin de son corps en utilisant les magnifiques installations thermales de l'hôtel. Ce gars là, pour finir, a une mémoire d'éléphant. Il parle de ses buts, de ses actions, comme si cela venait de se produire à l'instant. Il n'oublie rien. Tiens le carton rouge contre le Bayer Leverkusen par exemple… Aborder le sujet avec lui, il démarre au quart de tour ; cela l'énerve encore aujourd'hui ! L'homme de Recife le répète à l'envi : « j'ai besoin que l'on me fasse confiance ; j'ai besoin de me sentir important… »

R.B.